Mardi 30 juin 2009

Au dernier Conseil de surveillance de RTE, nous avons assisté à la dernière provocation sur l’indépendance du GRT dont notre actionnaire préféré a le secret. Alors que pas mal de verbes et de sueurs ont perlé sur l’épaisse moquette de la salle du Conseil à l’occasion des débats sur la création d’un comité chargé de proposer les rémunérations des dirigeants de RTE, voilà que le loup, que nous avions réussi à faire sortir par la porte, revient par la fenêtre.

 

En effet, nous avions pourtant réussi à limiter le nombre de représentants d’EDF au sein de ce comité pour que l’organisation française du GRT ne porte pas flanc à la critique. Nous avions fait fort pour y parvenir (courrier à la CRE et diverses interventions ) car notre rébellion était à la hauteur de l’enjeu pour défendre le modèle français.

 

Tout cela vient d’être balayé après quelques mois par un acte « picrocholin » du dernier conseil : le comité des rémunérations sera finalement présidé par EDF…  Image déplorable qui sera rangée, au mieux,  au registre de l’arrogance française par ceux qui ne nous veulent pas forcément du bien….

 

Mais comment cela pouvait être autrement ??? Car les rigidités ne sont pas là où l’on croit…

 

En effet, afin de trouver une solution équilibrée et adaptée aux problèmes, nous avions proposé la participation d’un administrateur salarié à ce comité pour assurer un minimum de transparence sur la formation des salaires des dirigeants et ainsi préserver aux yeux de tous, leur indépendance. Oui, notre proposition avait pour objectif d’offrir un gage pour affirmer l’indépendance du GRT dans une entreprise énergétique verticalement intégrée avec actionnaire unique. Nous nous étions préparés très tôt en donnant des gages pour être considérés comme des administrateurs à part entière dès notre élection. Nous avions même été jusqu’à faire tomber un tabou bien français en étant les seuls mandataires sociaux élus par le  Personnel à faire publier leurs propres revenus. Fait unique en France et en Europe, car aucun texte ne l’impose…

 

Bref, avec notre proposition qui ouvrait les champs du possible, la cohérence était plutôt dans le camp des  4 administrateurs salariés : Cohérence avec la position française défendue à Bruxelles ; Compatibilité avec les législations française et européenne, etc… et surtout proposition en faveur de la modernité dans un contexte délétère alimenté par la crise « morale » du capitalisme. Le Service public confirmait ainsi une de ses vocations : l’exemplarité !

 

Et c’est là que le bas blesse. Les comités de rémunération en France sont une chasse gardée d’une élite à permutation circulaire. " Faire rentrer le salariat dans le Saint des Saints : Vous n’y pensez pas, très cher ! Alors l’indépendance de RTE : on s’assoit dessus !"

 

En effet, la nomenklatura installée dans le capitalisme français, qui fait la pluie et le beau temps dans les organes de gouvernance des grandes entreprises avec la réussite que nous connaissons, a fait son œuvre. Alors pour faire bouger : il va falloir imposer !

 

Car qui se souvient encore de l’application concrète de la charte du Medef qui reste le paillasson de cette élite qui s’essuie quotidiennement les pieds sur le dos des vrais entrepreneurs… Après les propositions de certains parlementaires et les promesses du chef de l’Etat, place désormais aux actes !!!

 

Et pour RTE, il sera sans doute nécessaire, à l’occasion de la transposition en droit français du 3eme paquet énergie qui vient d’être définitivement adopté, d’affirmer quelques principes dans la loi. En particulier l’affirmation de l’indépendance des administrateurs salariés avec la protection des individus qui va avec ; l’absence de l’actionnaire dans le comité des rémunérations pour préserver l’indépendance des dirigeants, etc…

 

Mais d’ici là, peut–être que le groupe EDF aura réussie, avec ses multiples provocations à deux bandes, à quitter le navire du Service public incarné en partie par RTE. Nous ici, on ne l’espère pas, malgré le peu d’affection qu’il nous procure ces derniers temps…

 

Quoi qu’il en soit, il ne partira pas avec armes et bagages : nous avons les clés de la soute… et nous avons montré par le passé que nous ne laisserons pas faire pour les donner !

 

 

 

 

 

 

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Mardi 21 avril 2009
La CRE vient d'ouvir un site internet dédié au groupe de travail "Pertes sur les réseaux électriques".

Nous ne pouvons que saluer cette double initiative qui, nous l'espérons, apportera des réponses adéquates à ce problème qui plombe les factures des clients et usagers, et ce, visiblement, avec un souci d'un débat transparent souligné par la création de ce site.

Il est évident que nous apporterons notre contribution, et ce dans le respect des textes européens actuels.

En effet, depuis 2003, la Commission européenne avait scellé le cadre législatif de la couverture des pertes pour imposer aux GRT et GRD de s'approvisionner sur le marché. Elle pense avoir fermé des portes dans son dernier projet de directive, en y ajoutant que les GRT et GRD, "ne doivent pas détenir des participations dans une filiale de l'entreprise verticalement intégrée assurant des fonctions de production ou de fourniture". Les initiateurs de cette "dernière belle idée" pensaient, sans doute, soit torpiller le débat que nous avons contribué à ouvrir par notre proposition sur des centrales à participation à faible coût, soit ouvrir d'autres options...

Peine perdue car le législateur français s'est emparé du problème et trouvera, nous l'espérons, soit dans les conclusions de ce groupe de travail, soit dans les lignes du rapport de la commission Champsaur, des options euro-compatibles que nous avons portées et que nous allons bientôt préciser. Certains se sont même proposés de modifier la législation française sur ce point : et nos propositions en ont besoin !

L'objectif que nous poursuivons de notre côté est clair : proposer un service public efficace, au moindre coût pour la collectivité : ce que n'a visiblement pas apporté la Commission européenne en imposant
l'ouverture des marchés, et en y imposant de force environ 6% de la consommation d'électricité européenne représentatifs des pertes réseau.

Mais que les ayatollas de la concurrence se rassurent : nous gardons de la suite dans les idées...C'est une de nos caractéristiques... et la transparence souhaitée par la CRE nous y aidera...

A très bientôt pour dévoiler nos options !


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Jeudi 2 avril 2009

La CRE va prochainement annoncer la création d'un groupe de travail sur l’achat des pertes qui grève depuis quelques années le budget des gestionnaires de réseau. La FCE-CFDT avait lancé le débat en 2008 à l’occasion de la consultation de la CRE sur le Turpe. Elle proposait  une piste pour limiter le coût pour l’ensemble de la collectivité.

 

En effet, les gestionnaires de réseau, plus gros consommateurs d’énergie en France, ont été touchés de plein fouet par les augmentations des prix sur le marché. Avec près de 33 TWh/an pour RTE et Erdf réunis, et avec une facture qui a doublé en quelques années, il était temps de faire quelque chose pour donner un peu d’air aux entreprises et utilisateurs finaux qui payaient, d’une façon ou d’une autre, une des frasques de l’ouverture des marchés. Cela avait justifié une bonne partie de la demande d'augmentation du Turpe, augmentations qui restent justifiées pour le Turpe 3 malgré un repli des prix (effet de crise, oblige).

 

Nous avions proposé qu’à titre dérogatoire (service public), les gestionnaires de réseau sortent du marché en bénéficiant de contrats à participation sur les centrales de production ou  bénéficient d’un accès privilégié aux VVP. Il avait fallu user d’une pédagogie soutenue pour expliquer à certains de nos interlocuteurs, ce qu’est un contrat à participation. On répète… Ce n’est pas une prise de participation au capital d’une centrale ; c’est un contrat long terme qui permet au producteur de bénéficier d’une participation à l’investissement d’une centrale contre un droit de tirage. Pour faire grossier : je paye 50% de l’investissement et j’ai droit à un peu moins de 50 % de la production, sans pour autant intervenir dans la gestion et dans l’exploitation de la centrale. Rien de neuf sous le soleil : Bugey, Tricastin, Fessenheim, Cattenom et Chooz bénéficient de tels dispositifs de 5 à 32% de participation en faveur d’opérateur étrangers.

 

Par ailleurs, ce dispositif reste pleinement conforme au droit à la concurrence, voire au projet de directive. En effet, la 3eme directive élec prévoit dans son projet :

 

 

Dans son Art 15 :

« Les gestionnaires de réseau de transport se procurent l'énergie qu'ils utilisent pour couvrir les pertes d'énergie et maintenir une capacité de réserve dans leur réseau selon des procédures transparentes, non discriminatoires et reposant sur les règles du marché, à chaque fois qu'ils assurent cette fonction. »

 

dans son Art 18 :

« …….Les filiales de l'entreprise verticalement intégrée assurant des fonctions de production ou de fourniture n'ont pas de participation directe ou indirecte dans le gestionnaire de réseau de transport. Le gestionnaire de réseau de transport n'a pas de participation directe ou indirecte dans une filiale de l'entreprise verticalement intégrée assurant des fonctions de production ou de fourniture, et ne reçoit pas de dividendes ou tout autre avantage financier de la part de cette filiale…….. »

 

Bref, les contrats long terme, comme nos contrats à participation, rentrent quand même dans ce cadre. On notera également que rien n'interdit deux filiales de réseau d’un même groupe de monter une filiale commune pour aboutir à notre objectif et qui permettrait d’optimiser les achats…

 

Mais le principal écueil reste que cette réforme assécherait le volume d’électricité comptabilisé sur le marché français estimé à près de 180 TWh, exports comprises. Là aussi, notre proposition concernerait la base; Ce qui représente à la louche 2000 à 2500 MW en ruban, soient la moitié du volume des pertes. 10% des volumes en moins sur le marché, y a pas péril en la demeure mercantile. Mais c’est assurément plus efficace que le dispositif de régulation incitative de l’achat des pertes...

En effet, quelques centaines de millions d’euros de moins sur les factures annuelles de l’ensemble des consommateurs, cela commence à être intéressant…


 

 

 

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Mercredi 4 mars 2009
ITW lue sur Energie 2007 :

Energie2007: Sur votre blog, vous commentez les résultats d'EDF sous le titre: "chronique d'une vente annoncée"en soulignant qu'à l'occasion de la conférence de presse du 12 février dernier, Pierre Gadonneix, PDG d'EDF, n'exclut "aucune des composantes" de son groupe, aussi bien en France qu'à l'étranger, dans son programme de cessions de plus de 5 milliards d'euros en 2009/2010. RTE serait visé par ces déclarations?

Patrick Larradet: Depuis son introduction en bourse, le groupe EDF a changé de nature et son PDG a scellé définitivement ce virage que trop peu d'observateurs ont relevé à l’occasion de cette conférence. Pour la première fois dans son histoire, le vocable «Service public» a définitivement disparu de la présentation des résultats de l’entreprise. Cette carence symbolique renforce mon analyse.
Car à mon sens, les composantes évoquées par Pierre Gadonneix visent très clairement le secteur qui ne dégage pas suffisamment d'Ebitda au regard des investissements engagés. Et c'est bien le cas du secteur régulé qui n'a pas cette vocation. En effet, RTE comme ERDF investissent avant tout pour l'intérêt général et assurément pas pour rapporter du cash immédiat à leur maison mère.
Ainsi, avec les pistes évoquées par le PDG, une ouverture du capital de RTE dans les mois qui viennent n'est plus à exclure. Même si rien n'est fait, car ce n'est pas le tout de vouloir vendre: encore faut-il trouver des acheteurs… Et si le débat me semble tranché du côté des financiers d'EDF, il ne l'est pas encore à l'Elysée. En effet, le gouvernement français maintient toujours ouverte l'option de la 3ème voie comme alternative à la séparation patrimoniale du paquet énergie de la Commission européenne. Je l’encourage toujours dans cette option.

Energie2007 : ERDF et RTE versent d'importants dividendes à leur maison-mère: pourquoi EDF s'en séparerait-il?


Patrick Larradet: La nouvelle rationalité financière des dirigeants du groupe pousse à une séparation de RTE. Ce n’est pas ses résultats qui sont aujourd’hui présentés qui posent problème.Si on retire le poids des achats des pertes et certaines provisions, les résultats sont bons. C’est plutôt sa structure financière et ses perspectives qui dérangent les financiers.
En effet, sur les 24 milliards d'endettement du groupe EDF, RTE en pèse aujourd'hui le quart. Quelques milliards de dettes en moins sur le périmetre de consolidation, ce n’est pas rien!
Dans le contexte actuel, les marchés financiers réclament avant tout d'alléger les dettes et sanctionnent tous les investissements à long terme (l'évolution du cours de l’action du groupe les deux dernières semaines de février est éloquente). Ceux de RTE, qui sont une impérieuse nécessité pour la sûreté du système électrique, ne sont d'aucune utilité immédiate pour la structure financière du groupe. Par ailleurs, la croissance des investissements pour le réseau pousse à un endettement complémentaire. Si vous ajoutez à tout cela un niveau de TURPE sous-calé qui grève les résultats, l’affaire est entendue.

Energie2007 : Comment cette perspective serait-elle accueillie en interne?

Patrick Larradet: En interne, on s'interroge beaucoup. Il y a du pour et du contre. Pour certains, tout ce qui est fait pour renforcer l'indépendance va dans le bon sens. Mais pour le plus grand nombre, en particulier du côté des agents de terrain, il y a un attachement viscéral à l’image véhiculée par l’ancrage d’EDF dans la population.
Etre agent EDF dans le métro ou dans un supermarché d’Ile-de-France, cela n’évoque pas grand chose dans l’anonymat des métropoles. Etre agent EDF en province, reste une identification sociale forte! Enfin, en terme de management et dans un processus d’allongement des carrières, les 8.400 salariés de RTE espèrent toujours pouvoir respirer au sein du groupe EDF. In fine, ils s’estimeraient trahis dans cette perspective. Surtout qu'il existe d'autres options possibles, mais je les réserve au moment du débat...

* J Prevert :
"Quand la morale fout le camp, le fric cavale derriere"
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Jeudi 26 février 2009

Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy ont plein de points communs qu’il serait vain ici de rappeler. Mais le dernier concerne l’appréhension de leur politique énergétique. Ces deux hommes pressés tombent dans les même travers. Ils croient tous deux que démocratie et nucléaire ne font pas bon ménage… En effet, ici on s’assoit sur le débat parlementaire sur la PPI autour d’un 2eme EPR appelé désormais à augmenter le bilan exportateur. Là, c’est la même chose, voire pire. Silvio n’attend même plus que le Parlement revienne sur le référendum de 1987 qui rejetait le nucléaire de la botte énergétique italienne… Pourtant, dans les deux cas, ce n’était qu’une question de mois ne serait-ce que pour respecter leurs parlements respectifs.


La crise est sans doute le fluide caloporteur de cette agitation autour de l’atome
. Espérons quand même, que cette réaction en chaîne soit bien contrôlée, au niveau de leur opinion publique respective. Ce sera, sans doute, pas très aisé à Rome où, certes, les consommateurs italiens bénéficieront d’une baisse sensible de leurs factures. Mais, il sera très difficile de trouver des sites pour construire les 4 nouvelles centrales, ne serait-ce que par la densité de population autour des sources froides… Concernant la France : résultat fin mars lors de la publication des conclusions de la Commission Champsaur qui déboucheront vraisemblablement par une dilution de la rente générée par le nucléaire sur le dos des tarifs réglementés. Il y a ici des divergences qui vont attiser la grogne des consommateurs…


Mais l’empressement de nos deux animaux politiques ont assurément un objectif commun : Affaiblir leurs oppositions respectives à la veille du scrutin européen en les divisant : et la question nucléaire reste une arme redoutable de chaque côté des Alpes comme ailleurs.  Le scrutin de liste, préalable aux accords politique de gouvernement, a des vertus insoupçonnées, mais qui sont bien connues de nos stratèges…


Diviser pour mieux régner n’est-il pas un proverbe latin ?


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  • : Patrick Larradet, administrateur salarié parrainé par la CFDT au Conseil de surveillance de RTE. Copyright Patrick Larradet 2005-2009
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