Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /2007 14:07

Rappeler que l’accès à l’énergie reste vital pour le développement économique, social mais aussi sanitaire n’est plus à faire. Affirmer aujourd’hui, que sa rareté deviendra peu à peu la première source de conflits dans le Monde n’est plus à démontrer. Désormais, il n’y a plus de débat sur la réalité du réchauffement climatique. L’avenir de notre civilisation sera donc dicté sur notre capacité à maîtriser l’approvisionnement énergétique pour tous et la protection de notre bien commun qui est la planète. Avec ses atouts, la France peut être le pays de référence pouvant entraîner l’Europe sur cette ambition, comme elle a pu le faire en son temps en matière des droits de l’Homme. Aujourd’hui, les outils sont là et ce n’est plus qu’une question de volonté !

 

 

Car l’enjeu est de taille. Alors qu’une partie de l’humanité n’a toujours pas accès à l’énergie et que l’autre partie la gaspille joyeusement, il est désormais de la responsabilité politique des pays les plus avancés de bousculer enfin les schémas énergétiques établis. L’Europe ne doit pas rater ce rendez-vous qui lui permettrait de donner un nouveau sens d’une Union en perte de repère commun. Les objectifs affichés dernièrement par la Commission européenne semblent encourageants en matière de mix énergétique européen. Mais la Commission reste arqueboutée sur son obsession libérale à vouloir faire réguler l’énergie par le marché. C’est non-seulement une hérésie, mais c’est aussi une faute lourde de l’exécutif européen. Car non-contente d’avoir fait grimper les prix de l’énergie par une libéralisation qui n’a jamais démontré son efficacité, elle se propose d’affaiblir les énergéticiens européens par un morcellement de ses actifs, et par la même, les outils nécessaires aux investissements que nous devrons réaliser prochainement.

 

 

En effet, l’ouverture des marchés a ouvert le bal des acquisitions en tout genre dans le domaine de l’énergie. Les OPA siphonnent les milliards portant nécessaires à la recherche et aux investissements. En 2007, nous sommes pourtant à des échéances identiques qu’a connu la France en 46 et dans les années 70. En 46, la France a fait le choix de la nationalisation de l’électricité et du gaz car les centaines d’entreprises privées étaient incapables de répondre aux objectifs d’électrification du pays. Dans les années 70, la France a fait le choix de l’électronucléaire afin de répondre à la grave crise énergétique qui a mis un terme aux années glorieuses. Sans sortir un seul franc de ses caisses et malheureusement sans débat démocratique préalable, l’Etat a donné cette mission à EDF qui a pu trouver le financement de son outil industriel grâce à son statut d’entreprise publique dont le débouché était assuré par son monopole.

 

 

Nous voilà donc en 2007 avec un challenge tout aussi important et sans doute exaltant. Il ne faut pas tromper les citoyens. L’objectif ambitieux que nous avons l’obligation d’atteindre a besoin d’investissements lourds et d’une mobilisation de la recherche à la hauteur de ce qui a été fait jusqu’ici. Développer une nouvelle filière nucléaire, réduire les émissions carbonées,  et développer une vraie filière industrielle d’énergies renouvelables réclamera des milliards d’euros d’investissements, mais surtout aura besoin d’une rupture culturelle des décideurs …

 

 

En Europe, les milliards existent. Mais ils sont aujourd’hui dilapidés dans les OPA et les dividendes distribués. En France, on ne peut ici que remercier ceux qui ont imprudemment accepté l’ouverture du marché de l’énergie ou réduit la maîtrise publique des entreprises tels qu’EDF ou Gaz de France. Ils ont fait part d’un manque de vision évident. Et la collectivité française a ainsi perdu quelques moyens précieux. Un sursaut reste encore possible…

 

 

Mais ce que l’on a vraiment besoin le plus, c’est une rupture culturelle autour de l’énergie. En effet, avant de parler ou de construire de nouveaux moyens de production, nous devons faire place à la rationalisation industrielle de l’usage de l’énergie.

 

 

Economiser l’énergie a toujours été une préoccupation en France, du moins, au moment des crises… Nous connaissons encore le slogan des années 70: «  En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées… ». Fin 90, a été créée l’ADEME,  qui a eu cette noble mission de la promotion des économies mais dont certains se sont acharnés à réduire son budget…

 

 

Heureusement des initiatives locales ici ou là émergent et prouvent à ceux qui resteraient encore incrédules, que les économies d’énergie cela marche sans pour autant renoncer au confort ou à l’efficacité. Car faut-il encore rappeler que l’énergie la moins chère et la moins polluante reste celle qui n’est pas consommée ? Ce gisement est encore important en France malgré une relative efficacité énergétique qui progresse chaque année. Dans les logements, dans les bureaux et dans les commerces ou encore, dans les équipements publics, tout comme dans l’industrie, l’efficacité énergétique doit désormais s’imposer. La semaine du développement durable organisée prochainement va nous le démontrer.

 

 

A titre d’exemple, s’éclairer majoritairement  en 2007 par la combustion d’un filament dans une ampoule relève d’un autre âge !!! Outre le fait que cela représente 80% de gaspillage inutile, il est grand temps de passer à d’autres technologies qui sont, pour certaines, parfaitement maîtrisées aujourd’hui. Seul le développement industriel « grand public » de ce type d’équipement permettra de faire baisser les prix et rendre ainsi cette technologie attrayante. A l’instar de l’Australie, éliminer définitivement de nos rayons les ampoules à incandescence en 2010, reste un objectif salutaire qui est parfaitement atteignable en France.

 

 

Mais pour autant lumineuses qu’elles soient dans l’éclairage, les économies d’énergie doivent être conçues sur l’ensemble des spectres des usages. L’électroménager et l’électronique grand public doivent redoubler d’effort en terme d’efficacité et d’offre. Le chauffage, la production d’eau chaude ou la climatisation ont aussi de grandes marges de progression. L’isolation, bien entendu, mais l’efficacité même des équipements ainsi que le mode de production posent questions. Pour de tels usages, un vrai plan soleil, pour la production d’eau chaude sanitaire et un apport au chauffage individuel comme collectif, doit être mis en œuvre à l’échelle la plus large possible. Encore des investissements à faire…

 

 

Au-delà des incantations, « y a qu’à, faut qu’on » ; Au-delà de la mobilisation citoyenne assurée par une vaste promotion des solutions par l’ADEME qui devra être au cœur du dispositif, il est impérieux de mobiliser la filière énergétique tout entière. C’est ici, que les entreprises publiques, dont la notre, trouveront de nouvelles missions mobilisatrices, pour la collectivité, pour l’industrie à la recherche de débouchés, comme pour ses propres agents. Assurer l’approvisionnement énergétique du pays et protéger l’environnement deviennent ainsi de vrais missions régaliennes. Comme en 46 et comme en 70, l’impulsion industrielle doit provenir de la maîtrise publique de l’énergie et de ses outils que sont en particulier, AREVA, et les groupes EDF et Gaz de France.

 

 

Enfin, les économies d’énergies doivent désormais être considérées comme des sources de production à part entière dans le bilan énergétique national, à la même place que le nucléaire ou le pétrole. Côté process industriel, elles peuvent désormais être gérées nationalement par une valeur économique d’usage à l’instar de l'hydraulique. Les outils existent tels que les certificats blancs.  Ils ne demandent qu’à être valorisés. Ils ne demandent donc qu’un petit effort culturel de nos décideurs et une volonté politique.

 

Un électrochoc, somme toute…

 

 

Par Patrick Larradet - Publié dans : L'absurde libéralisation
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