Au dernier Conseil de surveillance de RTE, nous avons assisté à la dernière provocation sur l’indépendance du GRT dont notre actionnaire préféré a le secret. Alors que pas mal de verbes et de sueurs ont perlé sur l’épaisse moquette de la salle du Conseil à l’occasion des débats sur la création d’un comité chargé de proposer les rémunérations des dirigeants de RTE, voilà que le loup, que nous avions réussi à faire sortir par la porte, revient par la fenêtre.
En effet, nous avions pourtant réussi à limiter le nombre de représentants d’EDF au sein de ce comité pour que l’organisation française du GRT ne porte pas flanc à la critique. Nous avions fait fort pour y parvenir (courrier à la CRE et diverses interventions ) car notre rébellion était à la hauteur de l’enjeu pour défendre le modèle français.
Tout cela vient d’être balayé après quelques mois par un acte « picrocholin » du dernier conseil : le comité des rémunérations sera finalement présidé par EDF… Image déplorable qui sera rangée, au mieux, au registre de l’arrogance française par ceux qui ne nous veulent pas forcément du bien….
Mais comment cela pouvait être autrement ??? Car les rigidités ne sont pas là où l’on croit…
En effet, afin de trouver une solution équilibrée et adaptée aux problèmes, nous avions proposé la participation d’un administrateur salarié à ce comité pour assurer un minimum de transparence sur la formation des salaires des dirigeants et ainsi préserver aux yeux de tous, leur indépendance. Oui, notre proposition avait pour objectif d’offrir un gage pour affirmer l’indépendance du GRT dans une entreprise énergétique verticalement intégrée avec actionnaire unique. Nous nous étions préparés très tôt en donnant des gages pour être considérés comme des administrateurs à part entière dès notre élection. Nous avions même été jusqu’à faire tomber un tabou bien français en étant les seuls mandataires sociaux élus par le Personnel à faire publier leurs propres revenus. Fait unique en France et en Europe, car aucun texte ne l’impose…
Bref, avec notre proposition qui ouvrait les champs du possible, la cohérence était plutôt dans le camp des 4 administrateurs salariés : Cohérence avec la position française défendue à Bruxelles ; Compatibilité avec les législations française et européenne, etc… et surtout proposition en faveur de la modernité dans un contexte délétère alimenté par la crise « morale » du capitalisme. Le Service public confirmait ainsi une de ses vocations : l’exemplarité !
Et c’est là que le bas blesse. Les comités de rémunération en France sont une chasse gardée d’une élite à permutation circulaire. " Faire rentrer le salariat dans le Saint des Saints : Vous n’y pensez pas, très cher ! Alors l’indépendance de RTE : on s’assoit dessus !"
En effet, la nomenklatura installée dans le capitalisme français, qui fait la pluie et le beau temps dans les organes de gouvernance des grandes entreprises avec la réussite que nous connaissons, a fait son œuvre. Alors pour faire bouger : il va falloir imposer !
Car qui se souvient encore de l’application concrète de la charte du Medef qui reste le paillasson de cette élite qui s’essuie quotidiennement les pieds sur le dos des vrais entrepreneurs… Après les propositions de certains parlementaires et les promesses du chef de l’Etat, place désormais aux actes !!!
Et pour RTE, il sera sans doute nécessaire, à l’occasion de la transposition en droit français du 3eme paquet énergie qui vient d’être définitivement adopté, d’affirmer quelques principes dans la loi. En particulier l’affirmation de l’indépendance des administrateurs salariés avec la protection des individus qui va avec ; l’absence de l’actionnaire dans le comité des rémunérations pour préserver l’indépendance des dirigeants, etc…
Mais d’ici là, peut–être que le groupe EDF aura réussie, avec ses multiples provocations à deux bandes, à quitter le navire du Service public incarné en partie par RTE. Nous ici, on ne l’espère pas, malgré le peu d’affection qu’il nous procure ces derniers temps…
Quoi qu’il en soit, il ne partira pas avec armes et bagages : nous avons les clés de la soute… et nous avons montré par le passé que nous ne laisserons pas faire pour les lui donner !
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