Le Président de la République vient de faire tomber le suspense : il y aura bien un deuxième EPR en France : bon ! Il sera exploité par EDF : ouf! Il sera construit à Penly : bien ! Mais à quand le prochain ?
Quand l’Etat suggère un investissement de plus de 4 milliards d’euros, il y a assurément une bonne raison ! Elle ne peut qu’être d’intérêt général élevé pour se soustraire au débat parlementaire autour de la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) qui devrait débuter prochainement ou encore de l’adoption définitive du Grenelle de l’environnement.
Explorons une à une les raisons possibles pour s’en faire une idée.
Le besoin impérieux d’avoir une source supplémentaire d’électricité ? Cela tombe bien, les travaux préparatoires au débat parlementaire sur la PPI pour 2020 viennent de se terminer. Force est de constater que le besoin n’y apparaissait pas évident.
En effet, les projections de consommation d’électricité en France pour cette échéance nous montraient clairement que, quels que soient les scénarii envisagés, la production était excédentaire. Mieux, dans le scénario le plus contraignant, et avec la présence du second EPR, les exportations d’électricité étaient multipliées par deux par rapport à 2008. La marge était donc confortable, car nous passions de près de 50 TWH en 2008 à 99TWh voire à plus de 130 TWH pour le cas le plus favorable. Convenons-en, avec un EPR qui produirait 11TWh, le besoin pour le territoire français n’était visiblement pas avéré.
Certains diront qu’il faut anticiper sur le risque de non-prolongation des centrales existantes soumises à avis de l’autorité indépendante de sûreté nucléaire, prolongation qui débutera vers 2018. Certes, mais comment se fait-il que les réacteurs PWR américains puissent être exploités jusqu’à 60 ans, et que les nôtres, bien plus modernes et avec un investissement envisagé de 400 millions d’euros par réacteur, ne puissent pas atteindre cet âge. Convenons-en aussi, il y a dans la marge ci-dessus des possibilités pour quelques retraites anticipées.
Alors d’autres vous diront, avec raisons, que les pics de consommation observés en hiver sont impressionnants et méritent de la production supplémentaire. Sauf que le nucléaire n’est pas un mode de production de pointe ! Il sera donc impérieux de traiter le passage de ces pointes de consommation, soit par des moyens de production appropriés, soit par des outils plus adaptés au Grenelle de l’environnement. Cela tombe bien, la CFDT a fait des propositions à l’occasion de son audition par la Commission Champsaur chargée de réfléchir aux tarifs de l’électricité. Sans avoir une prétention démesurée, il serait sans doute intéressant de s’y pencher un peu.
Raisons économiques, alors ?
Un tel investissement, c’est de l’activité et de l’emploi. C’est effectivement une réalité qui s’impose. Sauf qu’une telle somme serait aussi appropriée pour enclencher plus fortement une politique basée sur l’efficience énergétique ! Il y a là un gisement d’emplois non délocalisables et d’activité pour un tissu de PME dont nos grands énergéticiens seraient éclairés d’examiner. Une politique qui irait dans le sens de la signature de la France pour la directive énergie-climat qui impose une réduction de 20% de la consommation et qui renforcerait les objectifs du Grenelle.
Raisons industrielles et politiques ?
La France brille dans le monde par son avance dans l’énergie nucléaire. Ses 58 tranches exploitées par EDF ont fait jusqu’ici une démonstration sans pareil. Se lancer dans le renouvellement du parc actuel français par l’EPR comporte le risque d'annihiler le futur industriel de notre pays pour de nombreuses années. Exit ainsi le réacteur de 4eme génération (peu ou pas producteur de déchet) envisagée pour 2030-2040 que nous appelons de nos vœux. EPR est une amélioration certaine des réacteurs actuels, mais sans rupture technologique. EPR est avant tout un produit pour ceux qui ont peu de nucléaire aujourd'hui dans leur mix. Nous avons désormais deux vitrines pour son exportation.
Enfin, le chef de l’Etat serait bien inspiré de se rappeler que l’acceptation du nucléaire par les Français est basée sur deux piliers. Le premier s’appuie sur la rente nucléaire distribuée au Français par les tarifs réglementés. Rente appelée visiblement à se diluer entre plusieurs opérateurs. Le second est l’assurance aux yeux des Français, de la puissance publique dans les destinées de l’exploitant et du constructeur. Ouvrir le nucléaire français aux intérêts privés et capter sa rente, ne feront-il pas vaciller cet équilibre précaire ?
Ainsi, le chef de l’Etat a tranché en faveur de l’opérateur public comme le souhaitait bon nombre dans l’hypothèse de ce second EPR. Mais cette décision, dont la méthode reste condamnable, comporte en ses gènes une future option d’un 3eme réacteur privé, encore moins justifiée pour la PPI et finalement dangereuse pour la filière nucléaire française vis à vis de l’opinion publique.
Communiqué de l'Elysée : ici
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