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En matière énergétique, la sortie de l’hiver provoque un téléscopage de données troublantes qui mérite une petite
réflexion.
D’un côté, les résultats des entreprises énergétiques européennes, qui profitant de l’ouverture des marchés, affichent des bénéfices insolents – Ces
résultats ne sont, bien entendu pas totalement le fruit de la découverte de nouvelles parts de marché ou d’innovations en tout genre. Non ! Désormais et à
l’instar du pétrole qui surfe sur les 106 dollars, les stockages de gaz comme les centrales de production sont gérés comme des outils financiers (options à long terme).
Les même causes produiront donc les même effets…
De l’autre la remontée préoccupantes des chiffres de la précarité énergétique chez les ménages. Alors que la France
affiche 3 millions de foyers en difficulté à régler les factures, dont 500 000 bénéficient du tarif de première nécessité et 300 000 du Fonds de solidarité pour le logement,
d’autres Etats membres ne sont pas à la traîne. Au moins, en France, l’existence de tarifs régulés permet encore de limiter les dégâts.
Car les Britanniques affichent de leur côté des chiffres similaires en nette progression suite aux augmentations du marché libre.
Il faut savoir que le standard outre-manche fixe le seuil de précarité énergétique au-delà de 10% des revenus consacrés à l’achat d’énergie. Rien que
ça… Ainsi, en Irlande, c’est plus de 40% des foyers qui sont en situation de précarité malgré une politique offensive du gouvernement pour éradiquer
ce phénomène ; Mais si on appliquait ce seuil de 10% pourtant élevé à certains Etats membres, on pourrait atteindre la quasi-totalité des foyers en situation de
précarité dans des pays comme la Roumanie ou la Pologne…
Face à ces drames, la Commission persiste de son côté à affirmer que la réponse est dans l’ouverture totale des marchés. A ses yeux, seule une
concurrence aboutie permettra de faire baisser les prix. N’était-ce pas le rapporteur de la seconde directive électricité qui avouait que l’ouverture des marchés
permettrait aux familles très avisées de gagner sur ses factures une somme pour se payer quelques pizza supplémentaires par
an… (Claude Turmès en 2003) ? L’histoire lui a donné raison. Ceux qui s’amusent à changer perpétuellement de fournisseur ont parfois cette satisfaction intellectuelle :
« If I had’nt changed supplier, I paid even more !», en dégustant fièrement leur pizza toujours plus petite avec toujours moins de garniture. Car même avec ce gain virtuel pas toujours
nourrissant, ils payent de plus en plus cher. Ainsi, il est désormais démontré par la persistance de tarifs régulés dans certains Etats membres on a plus de pizza à
déguster !!!!
Alors, même si des parlementaires européens tentent d’amender la prochaine directive en faveur d’une meilleure protection du consommateur, soit en
proposant un plafonnement provisoire des prix du marché, soit en légiférant sur des tarifs aux plus modestes, soit encore en organisant un peu mieux l’information des consommateurs,
ils n’offrent toujours pas les bonnes pistes pour répondre au problème de fond.
La réductions des factures passent, bien entendu, par une réduction des prix et par une maîtrise de la consommation. A cet égard,
l’initiative d’EDF, qui distribue 1 000 000 d’ampoules basse conso via les restos du cœur, va dans le bon sens. Pour bien faire, c’est près de 150 millions
qu’il faudrait distribuer en France… et interdire définitivement les ampoules à incandescence. Mais c’est aussi l’isolation des logements construits avant 1975 qui doit être entièrement
revue et financée. C’est aussi une fiscalité incitative sur les équipements à basse consommation à mettre sur pied. Enfin, c’est des programmes d’information et d’éducation à l’école qui doivent
être mis en œuvre et pourquoi pas une tarification incitative. En un mot, des outils concrets en faveur d’une politique énergétique digne de ce nom qui associe sécurité
d’approvisionnement et satisfaction du plus grand nombre : bref du développement durable !
Mais faire croire que la concurrence permettra de faire baisser les prix relève d’une escroquerie intellectuelle. Multiplier le nombre des
opérateurs dans un marché captif comme l’énergie ne fera jamais baisser les prix. En effet, dans une marché libéralisé, les prix se construisent autour de la confrontation entre l’offre et la
demande. En électricité, c’est la dernière centrale appelée qui fixe les éléments du prix de gros et non la pression sur
les marges économiques qui sont largement capitalisées en amont de cette dernière. Par ailleurs, les offres des différents fournisseurs s’inscrivent toutes dans la perspective des
prix de gros. Et toute évolution des prix est intégralement répercutée aux consommateurs éligibles. Alors, la compétition trouve son sens, non pas sur les prix mais
sur les services offerts où le marketing fait désormais payer des produits vitaux qui étaient jusqu’ici gratuits… L’incarnation en France de cette démonstration est bien la
demande de certains concurrents d’EDF d’avoir la possibilité de vendre du tarif réglementé…
Désormais, pour être efficace, il faudrait totalement changer le modèle économique de l’énergie. Soit rémunérer des
surcapacités structurelles de pointe (moyens de production – stockages supplémentaires) qui permettraient de lâcher la tension sur les prix fixé naturellement par l’équilibre offre/demande ;
Soit saucissonner le marché en plusieurs parties en fonction des usages, laissant ainsi certaines niches de consommation aux joies du libéralisme débridé…
Mais je vous rassure de suite. De ces deux schémas, plutôt favorables aux consommateurs et à la maîtrise de la demande, les banquiers n’en veulent pas… Le Service
public au profit de la collectivité et de l’industrie, n’étant pas leur fond de commerce ! Et avec l’ouverture du capital des deux entreprises
publiques, ils ont désormais le pouvoir !
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