Partager l'article ! Libéralisation totale : le devoir de la preuve: Dans son rapport de novembre 2005, la Commission européenne affirme que la libéralisation d ...
Dans son rapport de novembre 2005, la Commission européenne affirme que la libéralisation du secteur de l’énergie a entraîné une baisse du prix de l’électricité de 6% en terme constant depuis 1997.
Il était nécessaire de vérifier cette affirmation. Chose faite !
En fonction des éléments que j’ai pu obtenir, cette affirmation se tient, en effet au niveau des factures. Mais limiter la réflexion à ce niveau ne permet pas de tirer les bonnes conclusions.
En effet, outre le fait que 80% des Etats membres maintiennent des tarifs régulés pour les ménages et que 50% d’entre eux les maintiennent également pour l’industrie, il est donc nécessaire de les retirer de l’étude. Ca fait pas plaisir, je sais….
Cela devient donc très complexe à établir. Du moins, je n’en ai guère les moyens. Mais prenons le cas de la Grande Bretagne, qui a désormais « l’avantage » d’avoir seize ans d’expérience de libéralisation à 100%. Je suis persuadé que les économistes de la CE voudront bien étudier ce cas.
En effet, sur le papier, et avant l’explosion des prix du Gaz qui est responsable en partie de la forte augmentation récente des prix de l’électricité en GB (+ 24%….) Les prix ont diminué de près de 25% entre 1990 et 2002.
Mais c’est oublier que, pendant cette période, le Gouvernement britannique a supprimé en 96/97, la subvention pour le secteur de l'énergie nucléaire, suppression qui a fait baisser les prix de 10%. Nous a RTE, on a vu tout de suite les effets de la suppression de cette subvention sur les transits d’IFA 2000 car l’électricité française bénéficiait de cette subvention… Dont acte, mais cette chute des prix n’est pas la conséquence du fonctionnement du marché libre, c’est bien l’intervention de l’Etat….
Revers de la médaille, l’autre conséquence de la suppression de cette subvention c’est la création du déficit abyssal de British Energy (producteur nucléaire) . L’Etat britannique a du intervenir pour éviter à BE de mettre la clé sous la porte. 7 milliards d’€ (au frais du contribuable) avec la bienveillance de la Commission européenne.
En clair c’est le contribuable qui a payé d’un côté pour faire baisser sa facture d’électricité.
Mais cela ne suffit pas pour expliquer toute cette baisse (25 – 10 = 15% à expliquer)…
Poursuivons… Le régulateur britannique a imposé la réduction des charges de réseau de plus de 40% ! Sachant que les charges de réseaux pèsent de plus de 40% sur la facture finale faites le calcul simple : 40% de 40% cela fait 16% …
En passant….toute ressemblance avec les turpitudes de notre TURP 2 proposé par notre régulateur français qui baisse fortement les prix des accès au réseau (en particulier pour la distribution) est bien entendu, purement involontaire….
Donc sans intervention des autorités, l’impact de la libéralisation du secteur électrique sur les prix serait nul. Mais la démonstration ne s’arrête pas là. Car il y a lieu de s’interroger sur l’acceptation des gestionnaires de réseau en GB sur une telle baisse…et d'analyser l'évolution des prix de l'énergie primaire pour les producteurs....
Faut dire que les privatisations dans ce beau pays pluvieux ont principalement bénéficié aux actionnaires qui ont ainsi acheté ces outils industriels (réseaux comme production d’ailleurs) au prix promotionnel d’ 1/3 de sa valeur…
Donc côté gestionnaires de réseau, cette baisse des prix de l’accès au réseau était donc acceptable au regard des coûts d’acquisition de l’outil industriel. Demain, il faudra par contre analyser les conséquences sur l’investissement et l’entretien des réseaux, donc sur la qualité de l’électricité…Le Black-out londonien encore récent en est-il le premier symptôme ???? Sachez, que les pannes électriques de grande ampleur représentent un coup de près de 10 milliards d’euros par an à nos belles économies mondiales (dixit : power quality application guide de Cooper development association) ...
Côté producteur, outre le fait qu’ils ont payé une misère l’outil de production (merci Margareth), ils se sont aussi rempli les poches pendant la baisse des prix de l’énergie primaire qui a baissé pendant cette période de près de la moitié. La libéralisation a donc permis aux producteurs d’absorber cette rente sans le répercuter au consommateur…Désormais, étant donné que le prix du gaz augmente fortement, ils répercutent les prix aux compteurs… Cela va donc que dans un sens…
La démonstration est donc faite. Dans un pays 100% libéralisé, l’ouverture des marchés n’a pas bénéficié aux ménages. C’est plutôt le contraire !
Est-il vraiment utile d’aller voir dans d’autres pays pour terminer la démonstration… Moi j’invite le lecteur à analyser les bilans faits de par le monde… Les USA, hors mis quelques états, stoppent le processus et parfois renationnalise (cliquer ici) .
Il y a donc lieu d’arrêter la folie de l’ouverture totale des marchés ! Le seul indicateur des prix que l’on doit prendre en compte pour évaluer l’impact de la libéralisation des marchés, c’est bien celui des bourses de l’électricité et là cela fait plutôt mal (voir Powernext)…
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