La rentrée énergétique commence bien. Alors que les voyants sur les conséquences désastreuses de
l’ouverture des marchés clignotent au rouge depuis de trop nombreuses années et en particulier cet été, à cause d'une augmentation vertigineuse des prix de l’électricité en Europe, voilà deux
informations publiées aujourd’hui qui confirment les avertissements que nous avons sans cesse mis sur la place publique… au risque d’appartenir au registre de la mythologie grecque incarnée
jusqu’ici par Cassandre.
Mais tout comme pour elle, nos prédictions étaient cruellement justes. A
vouloir imposer à marche forcée les règles de la concurrence inadaptées dans un secteur stratégique pour le développement économique et le pouvoir d’achat des ménages, l’addition se paye forcément un jour. La difficulté c’est que ce sont toujours les mêmes qui payent
!
1ere info : à l’occasion de la publication de la
consultation publique de la CRE sur le TURPE, ERDF assume sa demande d’augmentation des tarifs.
Michel Francony, qui a été notre président au Conseil de surveillance et qui est désormais le président du
directoire d’ERDF, a accompagné le mouvement dans un article de La Tribune de ce jour. Pour lui, il faut augmenter de
15% les tarifs d’acheminement distribution pour faire face aux nouvelles charges.
Pour ERDF, la facture d’électricité est de plus en plus salée car les prix du marché ont été multipliés
par trois depuis 2005; Etant donné qu’ERDF est le premier consommateur d’électricité en France pour compenser ses pertes réseaux qui se montent à 22 milliards de
kWh, il y a forcément une répercussion tarifaire. Si à cela on rajoute les besoins d’investissement dans un réseau de distribution qui manque depuis quelques années d’une attention soutenue, (et c’est peut dire au regard du sous-investissement pendant 10 ans…), l’augmentation des tarifs est inéluctable.
Côté RTE, pas de tribune média ce matin, mais on ne déroge pas non plus à la règle sur le fond du problème.
Nous sommes également soumis de notre côté à la hausse des prix de l’énergie qui grève le budget de l’entreprise. Si pour ERDF, l’achat d’énergie pèse pour 17% des charges, pour RTE c’est un bon tiers !
Et quand le montant double par rapport aux premiers exercices… il faut adapter le tarif en conséquence. Par ailleurs, les investissements en forte croissance pour adapter le réseau à la demande
et aux nouveaux raccordements ne peuvent qu’accompagner le mouvement. Et si on rajoute à cela, une demande sociétale d’enfouissement à tous les niveaux de tension…on ne boucle
plus la fin de l'année 2010!
C’est pourquoi RTE, dans sa demande à la CRE, présente un scénario à +8,6% à la
condition d’affecter la totalité des revenus des interconnexions à la baisse du tarif… Autrement, c’est
+12% !
In fine, le résultat ne peut que conduire à une hausse de la facture énergétique des français. Le transport pesant pour 10%
de la facture du particulier et la distribution pour 40 %, certains se risquent à calculer à une nouvelle hausse du tarif régulé de près de 4% pour la période 2009/2012.
Mais est-ce bien aux Français à payer l’intégralité de la note alors que les actionnaires
du groupe EDF vont encore s’empocher le jackpot ? Par ailleurs n’existe –t-il pas une solution pour
réduire à l’avenir une telle proportion d’augmentation ?
Car si l’augmentation des investissements est une bonne nouvelle qui reste à financer, l’évolution des prix de gros de l’électricité
et son poids dans les tarifs d’acheminement, méritent de se pencher sérieusement sur la question.
A l’occasion de la première consultation publique de la CRE sur le TURPE3, la FCE-CFDT proposait au débat une option nouvelle sur les achats des pertes. Puisque les volumes sont conséquents, puisqu’elles pèsent sur l’efficacité du Service public et les
tarifs : il faut une dérogation pour les gestionnaires de réseau et sortir l’achat des pertes du marché en ayant une réponse
industrielle. Votre administrateur avait été même jusqu’à proposer une piste qui pouvait s’appliquer à la distribution comme au transport : prise de participation dans les nouveaux groupes de production. Cette proposition est-elle aussi incongrue que cela ? Partant du principe que le coût de
renouvellement est de 50 euros le MWH (chiffre de Mestrallet, sans doute élevé...) pour près de 90 euros à l’achat sur le marché.
Ya donc pas que pour la THT qu'il faut creuser M le Ministre: y a aussi les idées !
2eme nouvelle : E.ON va supprimer 1 800 postes dans la distribution !
Dans le cortège des bonnes nouvelles de la rentrée, Eon se propose de supprimer 1800
postes dans la distribution sur les 15 000 existants ! Tout cela pour économiser et faire face aux nouvelles charges comme les
gestionnaires de réseau français et accuser la baisse de tarifs d’acheminement imposée depuis quelques temps par les autorités de régulation allemande. Ils viennent grossir les 300 000 emplois
supprimés dans le secteur depuis l’ouverture des marchés... Les mêmes causes ayant souvent les mêmes conséquences, RWE, Vattenfall et EnBW (groupe EDF) ne risquent-ils pas de prendre la même
voie ?
Moralité, si ce mot veut dire encore quelque chose : Les turpitudes du marché de l’énergie font deux victimes pour un gagnant : Les ménages et le Personnel contre
l’actionnaire.
La démonstration est faite par Michel Francony et E.ON, en attendant la distribution des dividendes aux différents actionnaires des groupes énergétiques européens…
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