En mars dernier j’étais venu rencontrer les agents dans les deux unités transport et système de RTE Nord-est. J’avais à cette occasion croisé quelques salariés de l’agence comptable de Lille et leur avais promis de repasser les voir spécifiquement. Il est indispensable, en tant qu’administrateur, de toucher du cœur les réalités de l’entreprise…
C’est donc au milieu de la tempête formée par l’éventualité de la fermeture de l’agence qu’ils ont appris, il y a quelques jours, que j’ai rencontré jeudi 22 dernier la quasi-totalité des agents concernés. A RTE, qui dit fermeture, ne dit, heureusement pas, licenciements. Mais faut-il pour autant s’en satisfaire ? Car en ce cas d’espèce, la fermeture est aussi synonyme de bouleversement pour les 32 familles concernées. En effet, la spécificité des métiers de la comptabilité qui n’existent plus dans la région pour le Groupe EDF à la suite « d’adaptations » successives, n’offre que peu de débouchés dans une région déjà traumatisée par la crise. La fermeture de cette agence est donc pour la plupart d’entre eux, synonyme de reconversion et de départ à plusieurs centaines de kilomètres, laissant sur place, maisons, amis, famille, emploi du conjoint, repères pour les enfants, une vie sociale bien remplie, etc….
Par ailleurs, même s’il existe une politique d’accompagnement pour faire face à une partie des frais, rares sont ceux qui en tirent épanouissement en tous genres, à part les plus jeunes ou des cadres qui y trouvent parfois des perspectives, et encore... La littérature et les études sur ce sujet sont florilège et confirment cette approche. « Vivre et travailler au pays » n’est pas un concept conservateur. C’est souvent une approche pragmatique des familles en France, en particulier des plus modestes. Car l’inégalité frappe ici encore plus fort dans les statistiques de mobilité interrégionale !
C’est donc une trentaine d’agents qui m’ont fait part de leur désarroi et de leur incompréhension face à ce qui leur arrive. Ils ne comprennent pas la dérive d’une entreprise publique performante qui réalise des centaines de millions d’euros de bénéfices au profit d’un actionnaire qui en demande toujours plus et qui impose de surcroit une politique de réduction massive des coûts. Ces agents ne comprennent pas qu’ils soient ainsi récompensés de tant d’efforts qu’ils ont pourtant accompli en faveur d’une productivité dont ils ne perçoivent pas toujours l’intérêt. Ils ne comprennent pas que les nouveaux moyens de communications ne soient pas mis en œuvre pour éviter tant de dégâts humains et leur permettraient de rester dans leur métier et dans la région qu’ils aiment … Mais sont-ils vraiment les seuls ?
Victimes de cette course folle à la productivité, ils aiment encore leur entreprise. Ils ont aussi la foi dans le Service public qui reste pour eux l’essence du moteur de leur motivation. Mais bon nombre d’entre-eux sont déjà en souffrance personnelle amplifiée par une vie privée qui les a déjà cabossés. Bon nombre d’entre eux ne croient plus aux discours mais attendent des actes. Mais tous cachent leur rage et leur colère par une dignité qui force le respect !
Alors, accompagnés avec leurs représentants syndicaux tel de Fabrizio Morani, Guy Marchetti et la remarquable Fabienne Lecauche qui est en première ligne, nous avons profité de cette rencontre pour faire notre job, et sans doute bien plus !
Fournir une explication à ce qui se passe : Une entreprise en mutation qui se doit de répondre aux missions de service public mais aussi aux exigences d’un actionnaire dont la prédominance sur notre destin collectif pèse et pèsera beaucoup plus.
Mais l’urgence était avant tout de prendre la mesure de leur détresse et de guider celle-ci vers une issue plus constructrice. La compassion certainement pas !!! Car il reste l’outil infantilisant qui n’est pas l’habitude de la boutique! La main tendue pour les tirer d’une spirale pouvant déboucher sur des séquelles irrémédiables : plus que jamais ! C’est le devoir de chacun d’être solidaire !!!
Alors, quelques modestes conseils leur ont été donnés, tels que la solidarité du groupe face aux défaillances des plus touchés, la poursuite de leur expression digne et le rejet d’actes extrêmes, dont ils seraient de toute façon les premiers pénalisés. Leur culture des « gens du Nord » reste leur meilleur atout.
Des assurances de leurs représentants syndicaux leur ont été donné pour porter leurs attentes et défendre leurs intérêts à tous les niveaux de l’entreprise. Réaffirmation aussi de l’unité des deux plus importants syndicats de RTE qui s’expriment et agissent ensemble depuis le début : notre priorité c’est l’intérêt des agents, avant tout !!!
Un espoir que quelque soit l’issue du dossier que nous espérons favorable, ils trouvent quand même dans cette forte expérience humaine qu’ils n’attendaient pas, une force nouvelle pour construire leur avenir commun.
Ainsi, je ne regrette pas ma promesse d’être revenu. J’espère surtout que les deux heures que nous avons passées ensemble ont été utiles à nos collègues. Pour ma modeste part, nos échanges ont renforcé ma conviction sur l’impérieuse nécessité de confirmer la place de l’Homme dans notre fonctionnement d’entreprise. Conviction portée avec François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, venu à Toulouse mercredi dernier pour rencontrer les agents de RTE.
Les nouvelles nominations à la CRE préparent, sans doute, un virage dans le rôle confié à cette noble institution.
Michel Thiollières, ancien sénateur UMP de la Loire (il vient d'abandonner son mandat vendredi dernier) a été nommé vice-président en remplacement de Michel Lapeyre qui fut un commissaire pleinement impliqué en faveur du Service public. Ancien directeur de la FNCCR, ce dernier s'est particulièrement fait remarquer ces derniers temps avec la publication du rapport explosif sur la santé de la distribution de l'électricité en France. On espère ici que le nouveau commissaire suivra les traces de son prédécesseur...
Mais il faut aussi noter les nominations d'Anne Duthilleul, en remplacement de Pascal Lorot et de Marie-Solange Tissier, en remplacement d'Eric Dyèvre.
Ici, on connait bien Anne Duthilleul... En effet, on l'avait pressenti... en Avril 2006, pour remplacer Jean Syrota à la Présidence de la CRE. Comme quoi, même nos "1er avril" trouvent un débouché...
De là à
croire qu'on est faiseur de reine...
Cette nouvelle Commission est provisoire. Car le projet de loi Nome réforme profondément la CRE, tant sur ses prérogatives pour les mettre en cohérence avec la nouvelle directive (article 10 par ordonnance) que pour ses critères de nominations (article 8). Par ailleurs, le projet de loi en profite pour virer tout le monde. Ce n'est pas nouveau, à chaque projet de loi qui touche la CRE, on y retrouve cette petite exécution amicale...
En effet, le texte présenté par le gouvernement pourrait donc fixer à la CRE des missions élargies, jusqu' à lui confier une bonne partie des décisions gouvernementales. La CRE, dont les membres ne devront pas dépasser 65 ans (tiens, tiens...), pourrait devenir un véritable ministère de l'énergie bis, sans la sanction électorale qui va généralement avec.
C'est la bonne vieille pratique anglo-saxonne de la régulation; les décisions les plus pénibles pour les concitoyens sont très souvent prises par le régulateur indépendant... C'est pratique, en particulier pour augmenter les tarifs réglementés (article 4) ! Nos commissaires seront ainsi critiqués de toutes parts, y compris par les édiles qui les ont nommés... Bon courage à eux !
Mais il faut sans doute attendre le débat parlementaire pour s'en faire une idée précise. Le fait que la transposition se fasse par ordonnance empêche le moindre amendement. Cela marque quand même le grand écart entre les intentions de renforcer le rôle du Parlement et les actes concrets. Nous ici, ne serait-ce que sur la transposition de la directive, on a beaucoup d'amendements à faire valoir...
D'ici peu, la liste des candidats parrainés par la FCE-CFDT pour le Conseil de surveillance de RTE.
Elections prévues en Juin...
Encore un peu de patience ...
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Crédit photos "Médiathèque RTE", CFDT RTE