Mercredi 1 juin 2011 3 01 /06 /Juin /2011 13:27

Se moquer de la décision de la république fédérale allemande, qui a fait le choix de fixer un échéancier de sa sortie du nucléaire civil, serait une grave erreur. 4eme économie mondiale, puissance industrielle reconnue en particulier en mécanique et en électromécanique, l’Allemagne anticipe, de mon point de vue, la prochaine transition énergétique qui touchera prochainement l’ensemble de la planète. Avec ses atouts industriels, je suis convaincu qu’elle compte bien prendre le leadership de l’équipement énergétique nécessaire à la nouvelle donne. Car l’Allemagne peut s’appuyer sur la force de frappe de son industrie qui recycle plus de 70% de ses profits en investissement. Son pari n’est pas seulement écologiste au sens politicien du terme. Il est donc aussi industriel. Et dans les toutes prochaines années, je suis persuadé que nous leur achèterons des éoliennes de toutes tailles, de l’électroménager intelligent, des véhicules et les équipements industriels économes. Ainsi, pour répondre à son objectif, l’Allemagne n’a pas d’autres choix que d’organiser sa filière industrielle en faveur des énergies renouvelables ; en utilisant, bien évidemment, le nucléaire français pour assurer la transition.

La démarche Allemande, précédée en Europe par celle de la Suisse et de celle de l’Espagne plus discrète, est donc avant tout l’aboutissement d’une évidence. Est-il nécessaire de rappeler que l’énergie que nous tentons de maîtriser, subit des cycles structurels qui s’accélèrent. Il a fallu 500 000 ans à l’Homme pour domestiquer le feu ; quelques centaines d’années pour maîtriser la thermodynamique et l’électricité ; une vingtaine d’années seulement pour maîtriser la production issue d’une chaudière nucléaire. Quoi qu’on fasse, à l’instar du pétrole, du charbon ou du gaz, la production d’électricité nucléaire n’échappera pas à la règle : Toute technologie de production d’énergie reste éphémère au regard de l’échelle humaine.

La question qui se pose à nous n’est donc pas « pour ou contre la sortie du nucléaire ». La question est quand ? Et, bien évidemment, comment ?

Ces questions sont d’autant plus sensibles en France avec la prédominance du nucléaire dans son bouquet énergétique. La France a déjà vécu sa sortie du charbon avec les effets que nous avons connus. Il serait donc économiquement et socialement criminel pour les 200 000 salariés du secteur, de ne pas anticiper le prochain cycle énergétique qui nous pend au nez. Et compte tenu des récents évènements, y compris géopolitiques, je suis désormais convaincu que ce n’est plus à nos petits enfants à résoudre le problème mais bien à nos propres enfants, avec notre appui.

Parler de transition énergétique ce n’est bien évidemment pas épouser les thèses de la décroissance qui ne peuvent qu’amplifier la misère ou les inégalités. Réfléchir à une transition énergétique, c’est tout simplement s’inscrire dans le cycle historique du progrès technologique.

Et dans la nôtre, le nucléaire français a bien entendu toujours ses atouts. En particulier, la sûreté de nos installations basée sur une filière industrielle mature et sur le professionnalisme des exploitants. Il y a sans doute encore beaucoup de progrès à faire et j’espère que les « stress tests », que vont subir nos centrales, les identifieront et que nous ne seront pas trop timorés sur les dépenses d’adaptation à réaliser.

Mais l’énergie nucléaire conventionnelle a, à mes yeux, quelques inconvénients qu’il faut aussi savoir reconnaître. Des risques désormais établis dans l’archipel nippon avec sa particularité et que personne (y compris moi même) ne peut sérieusement écarter en France. Mais pour moi, le principal risque est ailleurs. J’estime que le legs des tonnes de déchets, dont le stockage aussi sérieux soit-il, ne sera pas à l’abri sur le prochain millénaire d’une « défaillance humaine », ou de la folie guerrière des hommes. Certes, la science pourra offrir des réponses dans le siècle prochain. Mais je ne suis pas persuadé que les finances suivront pour traiter définitivement un sujet dont la rentabilité restera à démontrer à nos banques.

Alors, avant de « sortir définitivement du nucléaire » qui va sans doute devenir un marqueur politique dans les prochains mois, il faut d’abord « sortir définitivement » d’un affrontement stérile entre les ultras et les antis qui n’amuse plus qu’eux-mêmes. Nous avons à régler un problème majeur qui est la sûreté d’alimentation énergétique de nos concitoyens et de notre économie pour assurer un avenir soutenable à nos enfants. Je rappellerais sans cesse que sans énergie, c’est la mort prématurée assurée de notre civilisation: deux milliards d’êtres humains en sont dépourvus encore aujourd’hui avec les conséquences que nous connaissons. Mais je rappellerais aussi que notre planète est un univers fini qu’il convient de protéger.

Alors, je ne sais pas si il faut se fixer 2040, 2050 ou 2060 comme objectif pour notre pays. Je ne sais pas s’il faut sortir « définitivement », car je crois à la science pour apporter de nouvelles solutions. Ce que je sais, c’est qu’au siècle dernier nous sommes passés de Chinon A aux premiers REP en moins de 20 ans. Ce que je pense, c’est qu’avec nos 80 %, nous devons nous inscrire dans une perspective réaliste, forcément un peu différente de nos amis allemands. Nous devons absolument penser rapidement et démocratiquement à notre transition énergétique, ne serait-ce que pour, la partager et la financer tout en assurant la sécurité d’approvisionnement. Et il y en a sans doute pour plusieurs décennies pour ne pas mettre « tous nos œufs dans le même panier », objectif auquel j’adhère plutôt.

Cette sécurité d’alimentation n’est pas que l’affaire des producteurs qui ne peuvent que diversifier les sources de production. Nous devons aussi préparer les réseaux de demain qui non seulement achemineront l’énergie sans contrainte dans toute l’Europe pour adoucir l’intermittence des ENR – qui ont visiblement le vent en poupe dans la prochaine transition- et qui transmettront l’intelligence d’une consommation raisonnée. Nous devons imaginer et produire les nouveaux modes de chauffage en diversifiant les sources, ainsi que les produits de consommation blancs ou bruns économes qui vont remplacer nos réfrigérateurs ou nos décodeurs énergétivores.

Enfin, face à l’augmentation inéluctable des prix de l’énergie, nous devons organiser les services autour de l’énergie pour adoucir les factures de nos concitoyens. C’est un élément essentiel du dispositif. Car l’efficacité énergétique n’est pas seulement une obligation morale ; c’est bien la réduction des volumes qui remplira le triple rôle d’atténuer les factures, de limiter les impacts environnementaux ou d'éviter des investissements inutiles. Bref, y aura du boulot pour tout le monde et pour toutes les intelligences! Je pense ainsi que cette transition n’est pas une désagréable contrainte, mais bien une réelle opportunité.

Profiter de notre compétitivité  pour construire l’avenir devient donc une évidence. Et c’est ce rôle que l’on doit confier à notre nucléaire conventionnel. Il va falloir cesser de jouer à la marchande et mettre toute notre énergie et ses fruits pour être au rendez-vous, comme l’ont fait nos ainés dans les années 70. N’oublions jamais que c’est bien le caractère public d’EDF qui a permis de grandes choses. Comme en 46, pour l’électrification du pays, comme en 70 pour l’avènement du nucléaire, notre filière industrielle publique désormais composée principalement d’AREVA et d’EDF a les moyens de répondre aux enjeux. Il faut simplement l’organiser et l’accompagner avec une « Task force » de l’État. Car face aux agitations du Monde, il est sans doute souhaitable que l’énergie soit traitée comme une fonction régalienne.

On n’attend donc plus que le signal politique à l’instar de celui d’Angela Merkel pour mobiliser les énergies dans la durée. En France, le dernier date … du Général de Gaulle…

Enfin, le slogan des années 70 «En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées ! »  reste dans nos mémoires mais n’a visiblement pas tenu toutes ses promesses. Il faut sans doute l’adapter 40 ans après : Avec « En France, on a du nucléaire, mais on a aussi des idées ! » : au moins les idées se reposeront sur une base énergétique un peu plus solide…

Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mardi 10 mai 2011 2 10 /05 /Mai /2011 14:15

L’ordonnance, qui a aussi pour objet la transposition du 3eme paquet énergie, a été publiée ce matin même au Journal officiel. Elle a pour objectif en premier lieu de porter codification de la partie législative du code de l’énergie, notre nouvelle bible qui est annexée à l’ordonnance.

Pour les parties qui traitent la transposition des directives et qui concernent directement les intérêts des agents, il est à noter :

Concernant les actions détenues par les agents des Grt, des dispositions particulières et dérogatoires sont précisées dans l’article 10 de l’ordonnance. En effet, Ici, nous nous étions interrogés sur les dispositions proposées dans le code de l’énergie :

 « Art. L. 111-33. − La rémunération des dirigeants et des salariés de la société gestionnaire du réseau de transport ne peut être déterminée que par des indicateurs, notamment de résultats, propres à cette dernière.

Les dirigeants et les autres salariés de la société gestionnaire du réseau de transport ne peuvent posséder aucun intérêt dans les autres sociétés composant l’entreprise verticalement intégrée d’électricité ou de gaz définie à l’article L. 111-10, ni recevoir directement ou indirectement aucun avantage financier de la part de ces sociétés.

Ils peuvent détenir des actions de la société gestionnaire du réseau de transport et bénéficier de prestations à destination de l’ensemble des sociétés de l’entreprise verticalement intégrée et gérées au niveau du groupe dans les domaines de la couverture des risques de santé, d’invalidité, d’incapacité ou de décès, des régimes collectifs de retraite, ainsi que de prestations dans les domaines sociaux ou culturels »

 

Le gouvernement propose donc un dispositif dérogatoire pour la plupart des salariés des GRT

plus conforme à notre droit :

 

Ainsi, « L’interdiction de détention d’intérêts et de distribution d’avantages financiers faite à la totalité des personnels des sociétés gestionnaires de réseaux de transport à l’article L. 111-33 du code de l’énergie ne s’applique pas aux droits que les salariés et les mandataires sociaux des sociétés gestionnaires de réseaux de transport qui ne sont ni dirigeants ni membres de la minorité des conseils d’administration ou de surveillance tiennent des plans de distribution d’actions gratuites, des plans de distribution d’options sur titres (ou « stock options »), des accords de participation ou d’intéressement ou de tout autre dispositif leur conférant un intérêt dans les autres sociétés de l’entreprise verticalement intégrée définie à l’article L. 111-10 du même code qui sont en cours, à la date de l’entrée en vigueur de la présente ordonnance, » 

 

L’ordonnance ne définit par contre pas de dispositif transitoire sur les autres questions que nous avions posées au Conseil supérieur de l’énergie. En absence de précision, les dispositions s’appliquent donc de plein droit le 1er juin 2011.

 

Il y aura donc, sans doute, un peu de grain à moudre entre les directions des GRT et les représentants du Personnel pour traiter au mieux les conséquences des nouveaux dispositifs réglementaires qui s'appliquent désormais à leurs agents.

 

alire.gif

          103 pages à découvrir en cliquant ci-dessus

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 09:58

Actualisation du budget 2011

La trajectoire budgétaire envisagée pour 2011 et celle actualisée pour le premier trimestre restent dans le même mouchoir. Des effets (progression du Turpe et recalage des hypothèses climatiques)  en compensant d’autres (revenu sur les interco), ce n’est pas la révolution financière.

 

Cartographie des risques pour RTE.

Là aussi, une analyse fouillée des risques auxquels l’entreprise est confrontée, conforte un diagnostique que je partage. Mais le médecin ne se juge pas uniquement sur sa capacité à identifier les maladies mais surtout sur son efficacité à soigner. J’ai tenu de mon côté à souligner que la chute impressionnante du groupe EDF dans le cœur des Français (en 2009 EDF était la 1ere entreprise préférée des Français, en 2011, ce n’est que la 26eme…), risquait de déteindre sur RTE. La gestion « moderne »  des entreprises publiques monopolistiques en est sans doute ici dénoncée par les Français…. Pour RTE comme pour EDF, il y a donc du souci à se faire pour l’acceptabilité de nos outils industriels…au service de l’intérêt général…

 

ipsos

 

Pour en savoir plus : cliquez  ici

 

 

Commissaires aux comptes.

Nous avons choisi un grand cabinet pour certifier nos comptes. Pas trop le choix sur le « marché », surtout si on ne veut pas faire confiance aux plus petits…

 

 

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 17:30

Au delà des grands débats  qui émergent aujourd’hui autour du nucléaire à la suite des évènements dramatiques qui frappent sans répit le Japon, nous nous permettons d’avoir simplement une pensée solidaire pour nos collègues de TEPCO, encore présents à la centrale de Fukushima.

Dans des conditions extrêmes, tant physique que psychologique, une poignée d’exploitants de la centrale tente, avec le peu de moyen qui leur reste, de circonscrire un processus implacable pouvant impacter la santé de plusieurs millions de gens.

Déjà, tout comme des centaines de milliers d’habitants, ils ont vécu l’enfer : Mais ils continuent ! Dépassant toutes les doses maximales admissibles, ils connaissent parfaitement les conséquences sur leur propre santé : Mais ils continuent !

Tous les salariés qui travaillent en équipe connaissent les ressorts de cet héroïsme professionnel: la camaraderie, l’amitié, la solidarité. Et malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent et nous protègent, nous partageons avec eux ces mêmes valeurs qui rendent le monde plus humain.

Alors dans le flot incessant des images, des informations de tous ordres ou des discours qui dissimulent votre courage, ici nous pensons à vous et à vos familles!

 -------------------------

Beyond the great debates that emerge around the civil nuclear industry following the dramatic events that strike relentlessly the Japan, we would have a thought for our colleagues of TEPCO who work at the Fukushima nuclear power plant.

 

Under extreme conditions, both physical and psychological, a few employees try with little way to delimit a relentless process that may impact the health of millions of people.

 

Already, as hundreds of thousands of people, they went through hell : But they continue!

Exceeding all maximum doses, they know the consequences on their own health : But they continue!

 

All employees who work in teams, know the springs of professional heroism: camaraderie, friendship and solidarity. And despite the thousands of miles that separate us and protect us, we share with them the same values that make the world more human.

 

So, in the endless flow of images, informations of all kinds of speech who conceal your courage, here we are thinking of you and your family!

 

 --------------------------

 

幸運を祈る。

がんばれ みなさん

 

 

 

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : Administrateur salarié parrainé par la CFDT au Conseil de surveillance de RTE. Copyright CFDT RTE 2005-2012
  • Partager ce blog

Twit

Contactez-nous !

 Cliquez sur la Bal                                

Elections

 

Articles récents

  • CFDT et le débat actuel sur le nucléaire
    François Chérèque
  • Sous les marronniers, la plage ?
    On appelle cela « les marronniers ». Chaque année, à la même période, de nombreuses voix s’élèvent pour s’interroger sur le confort que voudra bien nous accorder l’électricité...
  • Les factures du jour
    A l’heure où le Gouvernement présente la facture de la crise financière pour préserver son AAA, l’Union Française de l’Electricité (UFE), qui représente les employeurs du secteur au sein de la...
Liste complète

Rechercher

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés