D’après les Echos de ce matin, GDF-Suez vient de faire part au Gouvernement de son retrait du projet EPR de Penly. Un beau pavé dans la mare...
Effet du projet de loi NOME qui pousse les concurrents d’EDF à plutôt se servir du dispositif de l’Arenh au lieu d’investir (démonstration faite !), retard sur Flamanville 3 avec envolé des coûts du premier prototype français, prédominance d’EDF dans l’équipe française du nucléaire issue du rapport de François Roussely renvoyant GDF-Suez à ses tuyaux... ou tout à la fois, le deuxième EPR français annoncé en grande pompe par Nicolas Sarkozy en janvier 2009 vient de voir un de ses principaux contributeurs (33%-8 pour Total) prendre le large.
Il faut sans doute y voir aussi une analyse politique du groupe de Gérard Mestrallet sur les chances de reconduite à la frontière de l’Elysée en 2012 de notre champion des sondages, date à laquelle le 1ER béton de Penly devrait couler…. En effet, il est fort probable que cette tranche nucléaire sera l’objet d’une attention soutenue des partenaires écologistes dans le cadre d’un accord de gouvernement. Et compte tenu qu’il n’y a pas que les éoliennes qui ont le vent en poupe… Gérard a tranché… sur la tranche… au dernier moment où il pouvait le faire… Habile mais pas chevaleresque… Bienvenue dans la vraie vie !!!
Vous vous souvenez de la position que j’avais exprimé à l’époque sur la décision du président de la République qu’il avait pris, seul, sans débat : « Nous n'avons pas besoin d'un deuxième EPR pour arriver à l'équilibre entre l'offre et la demande d'ici à 2020 en France ».Cette position, elle aussi tranchée, prenait en compte le pire des scénarii du Grenelle et rappelait que le nucléaire n’a pas la vocation de répondre aux pointes de consommation électrique dont les niveaux restent la principale préoccupation … Avec le sabordage du Grenelle sur le volet « incitation fiscale aux économies d’énergie », je reste persuadé qu’il reste pas mal de grain à moudre sur la maitrise des pointes et qu’Erdf, (associé à RTE), doit se concentrer sur ce projet industriel motivant et efficace pour la collectivité plutôt que de mobiliser de l’énergie et de l’argent sur d’autres prétentions à vocations purement financières…
Mais il est fort probable que dans les heures qui vont venir, notre Président va confirmer la construction de Penly 3, malgré le bras d’honneur de Gérard. Charge à EDF à trouver un nouveau tour de table dans des conditions déplorables pour négocier ou… à renforcer son endettement futur. Il y a, sans doute là, de quoi alimenter le débat parlementaire qui va s’ouvrir sur NOME au Sénat lundi prochain, pour proposer une alternative industrielle à l’Arenh… Dans de telles conditions, je ne vois pas pourquoi les gestionnaires de réseau n’étudieraient pas cette opportunité nouvelle pour faire leurs emplettes de kWh en vue de compenser les pertes réseau de 2017 à 2077 en signant un contrat d’approvisionnement long terme gagnant/gagnant, dit "contrat à participation"… Vous voyez, le cynisme vient jusqu’ici...
Enfin et pour terminer sur l’ironie de l’Histoire, l’annonce de la construction de Penly 3 en partenariat avec GDF-Suez, avait été faite le 29 janvier 2009, jour d’une manifestation qui avait mobilisé 2,5 millions de personnes dans les rues en faveur du pouvoir d’achat…
Il est indispensable qu’en ce jour du 23 septembre 2010 où GDF-Suez bat en retraite sur Penly, que des millions de personnes battent le pavé en faveur d’une retraite plus juste, pour confirmer que l'Histoire repasse toujours les plats !!!