Pour mieux comprendre

Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /Juil /2009 11:45

Michel Rocard, qui préside un collège d’expert à la demande du Président de la République, va rendre son rapport vendredi aux ministres de l'Economie Christine Lagarde et du Développement durable Jean-Louis Borloo pour l’instauration de la Taxe carbone en France.

 

Cette Contribution Climat Energie (CCE) ne devrait s'appliquer qu'aux seules énergies fossiles : pétrole, gaz, charbon-- dès l'année 2010 ; Le collège d’experts étant partagé pour l’appliquer à l’électricité…

 

L’objectif "affiché" de la CCE est de réorienter la pression fiscale sur la consommation d’énergie et de l’alléger par ailleurs. Une série de dispositions est prévue pour ne pas charger la barque des ménages (en termes de pouvoir d'achat) ou des entreprises ; L’objectif prioritaire étant donc de susciter des comportements vertueux face à la consommation énergétique…

 

Mais le débat autour de la CCE applicable ou pas sur l’électricité va assurément lancer une nouvelle polémique !  Nous en serons à 3 en moins de 15 jours…

 

Je suis de ceux qui pensent que notre civilisation va progressivement « électriser » l’ensemble des usages, à part, sans doute le chauffage où le gaz sera solidement ancré pour les prochaines décennies. L’exclusion de l’électricité sur la CCE participera à accentuer ces transferts.

 

Mais il est sans doute souhaitable que les pointes de consommation électriques soient taxées par la CCE car elles seront de plus en plus carbonées par certains moyens de production mis en œuvre  pour y faire face.

 

Le différentiel (heures creuses/heures pleines) serait ainsi accentué et conduirait à un changement de comportement massif des usagers en faveur d’une électricité moins carbonée. Le Bilan prévisionnel de RTE à l'horizon 2025, présenté aujourd'hui à la Presse, invite à le faire !

 

Et une fois de plus, on revient sur les propositions portées par la CFDT à la Commission Champsaur…



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Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 17:58

Afin d’éclairer nos lecteurs, nous vous proposons de faire un peu de pédagogie sur cette affaire. Vos multiples sollicitations nous y incitent.

 

Chaque producteur a une obligation d’équilibrer sa fourniture avec sa consommation d’électricité : c’est ce qu'on appelle un périmètre d’équilibre. En cas de déséquilibre constaté sur l'ensemble des périmètres, RTE intervient en utilisant un mécanisme d’ajustement qui fait appel à des moyens de production à la hausse ou à la baisse pour rétablir l’équilibre. Car l’électricité ne se stocke pas….

RTE sollicite donc les opérateurs du mécanisme d’ajustement (une quarantaine actuellement) pour rétablir cet équilibre en utilisant la règle du « merit order » : principe simple qui actionne les moyens de production les plus économiques.

 

Dans ce jeu de balances, l’effacement de consommation devient un moyen de production comme un autre et qui se rémunère en tant que tel. Il n’y a aucun problème quand c’est l’opérateur défaillant qui rétablit son propre équilibre quel que soit le moyen utilisé et quel que soit le niveau de la défaillance. Cela devient plus compliqué quand la défaillance est chez le concurrent et qu’on se propose de rétablir l’équilibre par l’appel à un troisième acteur, un producteur virtuel comme Voltalis, qui a un champ d’intervention diffus et peu détectable par des moyens conventionnels de mesure.

 

Le principal problème soulevé dans cette affaire réside à ce que cet acteur, sans moyen de production et sans client à alimenter, intervienne dans un périmètre qui n’est pas le sien en baissant la consommation de celui-ci. Devenant ainsi un producteur virtuel, Voltalis attends une rémunération légitime pour ce service quand il est sollicité par RTE. Sauf que c’est bien chez celui qui voit ses clients se délester, que se font concrètement les choses… Il est donc logique que ce dernier  réclame une indemnisation surtout s’il est contraint de maintenir son niveau de production pour pallier la défaillance de son concurrent.

 

Bref, on touche là,  la complexité de l’organisation d’un secteur libéralisé naturellement monopolistique. Il ne s’agit donc pas de lutter contre les économies d’énergie comme on peut le lire à travers la Presse. Il s’agit avant tout d’une affaire de gros sous entre les opérateurs…

 

Comme nous le disions hier, le modèle économique de l’effacement diffus doit être précisé pour être solide. Ce modèle n’est pas résistant quand un opérateur intervient dans un périmètre qui n’est pas le sien; Sauf à se mettre d’accord préalablement sur le partage des richesses obtenues. Visiblement, ils ont encore peine à trouver un accord. Tout est donc bon pour peser sur l’autre pendant les négociations… Et c’est ce à quoi, nous assistons !

 

Les initiatives privées en faveur des économies d’énergie peuvent être intéressantes et doivent être valorisées. Mais elles ne sont pas non plus philanthropiques…

 

C’est pourquoi il serait sage que ce soit aux gestionnaires public de réseau d’organiser tout cela. Pour une plus grande efficacité, une vraie maîtrise de la demande énergétique, en faveur de l’intérêt général !

 

 

PS : Après cette explication fastidieuse, nous vous proposons un moment de détente avec un dernier scoop. En effet, nous venons d’apprendre que c’est à l’issue d’un WE à Luzaka (Zambie) que Pierre Gadonneix a, peut être, été inspiré. En effet, le Président du groupe énergétique local avait demandé une augmentation de 66% des tarifs d’électricité à son gouvernement pour payer les investissements.


Le Gouvernement Zambien vient de lui accorder... 35% !


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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 15:07

Le Président d’EDF a une constante qui est aussi un mérite : c’est un serviteur indéfectible de l’Etat. Comment peut-on imaginer un seul instant qu’il se soit levé un matin en proposant de son propre chef une augmentation de 20% et de faire un battage médiatique à la hauteur de l’enjeu en courant les rédactions, sans avertir Bercy qui connaît particulièrement bien les comptes de l’entreprise ?

 

Le cours de l’action d’EDF est très sensible aux augmentations tarifaires. Proposer une augmentation de ce niveau rentre dans la stratégie de l’assassinat des tarifs réglementés pour qu’ils s’approchent des prix du marché, objectif commandité par Bercy et qui n’est pas d’hier !

 

Par ailleurs, les cours de l’action qui se sont écroulés à l’occasion de la crise, ont freiné durablement les velléités de privatisation du groupe énergétique. Y a pas 36 solutions pour que les finances publiques trouvent leur compte à une nouvelle ouverture du capital : Faut agiter le landerneau pour pousser le cours à monter aux arbres !

 

Le chantage aux investissements de notre ‘serial public owner’ (si pas de hausse : pas d’investissement) ne tient pas une seconde. Le financement des investissements réseau est assuré par le Turpe. Quant aux investissements productifs, outre la réussite de l’emprunt qui dégage 3.2 milliards, il ne faut pas être clerc de notaire pour rappeler le montant astronomique des bénéfices distribués ces dernières années.

 

Eh oui ! En cinq ans, EDF a dégagé près de 20 milliards de bénéfice net : soit, avec son autofinancement, de quoi tenir tranquillement son programme d’investissement. Pire, ces 20 milliards distribués aux actionnaires ( dont l’Etat en grande partie)  représentent la hausse du CA France étalée et souhaitée aujourd’hui par Pierre Gadonneix… Bref, il est ici demandé aux Français de payer la privatisation partielle d’EDF, car,  il faut bien rémunérer le capital…

 

Il faut ajouter à cela le coût pour l’industrie française de l’ouverture des marchés qui grève sa compétitivité. En effet, les bénéfices dégagées proviennent en partie de la hausse des prix de l’énergie sur le marché. C’est vrai pour EDF comme pour l’ensemble des compagnies d’électricité en Europe où les bénéfices ont explosés. On proposant la hausse du tarif réglementé, cela ne va pas faire baisser les prix du Marché. C’est, par contre,  tout bénef pour l’actionnaire (principal…), car c’est faire payer aussi aux Français « protégés par le tarif »,  le coût de la libéralisation !

 

La logique est donc implacable : on n’augmente pas les impôts, voire on les baisse par un bouclier fiscal pour les plus aisés ; mais on fait payer l’usager ! Malgré les discours, le bon vieux principe libéral tourne à fond : Privatisation des profits – nationalisation des pertes. Mais un peu de décence dans le timing des annonces (réussite de l’emprunt + demande d’augmentation en même temps) aurait, sans doute, évité à votre rédacteur d’écrire : "on prend vraiment les Français pour des cons !!! "

 

Et pour revenir à notre sérial provocateur, je ne suis pas persuadé qu’il en tire un bénéfice personnel (lui, le croit peut-être en exécutant cette basse besogne). En effet,  c’est lui qui va concentrer les attaques – Le Gvt, scandalisé par son initiative va rassurer les Français en étant le gardien du pouvoir d’achat des ménages en limitant cette hausse. Peut-être entendrons-nous même le président de la République intervenir la main sur le cœur aux questions des journalistes afin de rassurer  Mme Ferrari au journal de 20h. Ira t-il jusqu’à demander la démission de Pierre pour avoir énervé les Français au cœur de l’été, en lui proposant un poste d’ambassadeur ? Un seul conseil : observez ce qu'il va se passer …

 

Bref, la technique bien huilée de l’enfumage, ne nous trompe plus depuis pas mal de temps. Les annonces de 2 pas en avant qui précèdent les reculs d’1, font partie de l’arsenal. Sur chaque dossier un peu chaud, cette stratégie est désormais employée…

 

Et RTE dans tout cela ? Un dégât collatéral mais la chose est entendue : pour limiter une telle augmentation, Bercy va suggérer à Borloo, l’ouverture du capital de RTE pour réduire l’endettement de l’entreprise jusqu’à hier soir, préférée des français :

 

Comment Jean-Louis pourrait-il refuser de ravaler sa salive, après ce brouhaha ?

 

 

 

  


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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 07:36

Dans une interview qui sera publiée ce matin, Pierre Gadonneix réaffirme son intention de vendre une partie des capitaux des entreprises de réseaux :

 

« Nous avons prévu des cessions d'ici à 2010 avec un impact sur la dette de plus de 5 milliards d'euros. Nous réfléchissons à plusieurs pistes. Les activités régulées, comme les réseaux, affichent un profil moins volatil avec une rentabilité plafonnée et un faible risque. Des investisseurs financiers sont intéressés par ce type d'actifs. Pour ce qui concerne Dalkia, nous allons soit réexaminer notre participation pour la rendre plus efficace, soit sortir. En aucun cas nous renforcer. »

 

L’interprétation de cette partie de l’ITW est relativement simple : je réfléchis à des pistes pour réduire l’impact de la dette à la demande de mon actionnaire. Ce type d’actifs intéresse des financiers… sous-entendu : ils ne m’intéressent plus !

 

Rappelons quand même, pour RTE, que « ces investisseurs financiers » se doivent d’être éligibles  au sens de l’article 7 de la loi du 9 août 2004 qui indique :

 

« Une société, dont le capital est détenu en totalité par Electricité de France, l'Etat ou d'autres entreprises ou organismes appartenant au secteur public, est le gestionnaire du réseau public de transport d'électricité défini à l'article 12 de la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 précitée. »

 

Quand on recherche les heureux élus, on regarde le portefeuille de l’Etat :

 

Entreprises cotées, seul ADP (Aéroports de Paris) valorisés à 3 milliards, auraient éventuellement la possibilité de le faire.

Puis viennent les entreprises publiques non cotées, SNCF, RATP, AREVA (qui adore les participations croisées…), les ports, les aéroports de province, les TV ou radios publiques, les entreprises publiques d’armement, les offices et agences diverses, la Banque postale… etc… La Française des jeux…et enfin les établissements publics comme la Caisse des dépôts et son fond stratégique d’investissement (FSI), créé à la demande du président de la République fin 2008 et qui vient d’être doté, il y a quelques heures, d’un portefeuille de 14 milliards d’euros s’ajoutant aux 6 milliards disponibles pour prises de participation rapide…

 

Je rappellerai quand même que la vocation initiale de ce fond est surtout de soutenir l’activité en augmentant les fonds propres des entreprises stratégiques françaises. Cela peut se faire en un coup ou en deux bandes… Et un fond, quel qu’il soit, se doit de diversifier son portefeuille.

 

Et c’est pourquoi, je ne doute pas que Bruno Bezard, administrateur EDF mais aussi directeur général de l’agence des participations de l’Etat, saura éclairer les travaux du comité d’investissement de ce fond auquel il participe activement.

 

De là à dire que nous entendrons parler de ce FSI très bientôt à RTE… Nous rassurons tout de suite nos lecteurs. Ces quelques lignes peuvent très probablement relever des élucubrations matinales d’un rédacteur perpétuellement à la recherche de signaux faibles pour comprendre ce que l’on nous prépare. Mais comme un homme avisé en vaut deux, nous en restons au principe historique du Service public de l’électricité : on vous doit plus que la lumière…

 

Enfin, nous restons bien sur les paroles de JL Borloo qui rappelle qu’une telle opération reste de son domaine de responsabilité. Car les mécanos financiers sont une chose. Le grand écart politique en est une autre et sera assurément apprécié à sa juste valeur par notre partenaire allemand après la victoire commune sur le champ de bataille bruxellois.


Remarquez qu’une désertion en appelle une autre et que celle qui créait de fait un vide dans le capital d’AREVA se doit d’être comblée (départ de Siemens). Et visiblement EDF est prête a aider son partenaire stratégique, à la condition qu’on lui donne les moyens. Et s'il n'a pas droit à une augmentation du tarif...

 

Ici, on appelle ça : dédier des actifs aux opérations croisées de démantèlement...

 

PS: Je vous invite à lire l'interview complète sur La Tribune. En effet, le format ressemble étrangement à l'interview de  Michel Francony  qui réclamait une augmentation conséquente du Turpe...

 


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