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Deux familles de questions. L’une technique, - l’autre très politique.
Techniques
Pour ce qui concerne les pointes de consommation, chauffage électrique, etc...
Les faits observés sont tenaces. Quand on fait la moyenne de la puissance appelée sur les dix dernières années, l’écart journalier moyen entre la pointe de consommation et le creux est passé de 10 000 à 13000 MW, soient +30%. Par ailleurs, pendant ces dernières années, le gradient de température (sensibilité d’appel de puissance pour une variation météorologique de 1°C) est passé de 1300 à 2100 MW/°C.
Vraisemblablement, ces deux éléments sont la résultante de plusieurs phénomènes. La mutation sociétale et le transfert de mode de chauffage en faveur de l’électricité. Derrière la mutation sociétale, il faut y voir la multiplication du nombre de foyer et de consommateurs d’électricité sur le territoire. En effet, la croissance annuelle de la population a progressé de 30% (passant en dix ans d’un solde de 200 000 à 300 000, représentatif d’une fécondité française et d’une espérance de vie en hausses). Le nombre de foyers (ou ménages) a suivi, accentué par la progression des divorces (+ 50%) qui transforme un foyer… en deux, avec tout ce qui va avec... Par ailleurs, la volatilité des prix du pétrole et la recherche d’économies dans la construction neuve sont plutôt favorables à l’électricité. Les hivers rigoureux pèsent d’autant plus par les radiateurs électriques d’appoint, plus facile à mettre en œuvre chez les utilisateurs.
C’est donc bien à ces pointes que doivent s’atteler les énergéticiens. La CFDT en a pris conscience, d’où sa proposition présentée à la commission Champsaur. L’EPR est un moyen de production de base qui ne trouve pas son efficacité économique sur cette pointe. Efficacité économique d’autant plus réduite compte tenu de l’augmentation des écarts pointe/creux. Il faut d’abord s’attacher à réduire ces écarts pour optimiser le parc actuel.
L’automobile électrique
La traction électrique aura assurément la 1ere place dans le mix du transport terrestre de la seconde moitié du siècle. Mais appuyer la nécessité d’un EPR supplémentaire, ou à fortiori de plusieurs, relève d’un bon nombre de raccourcis qu’il convient de remettre en perspective. En effet, les constructeurs automobiles comptent lancer industriellement différentes gammes à partir de 2011. Ils projettent un parc automobile d’1 million de véhicules en 2020. A 25 kWh aux 100 kms, l’impact sur la demande en électricité est de l’ordre de l'épaisseur de la mine du crayon (2 à 3 TWh à l’horizon 2020)…
Le remplacement des 30 millions de véhicules particuliers sera donc un travail de plusieurs dizaines d’années. Il demande le développement d’infrastructures non-rédhibitoires, en particulier pour la recharge des batteries et d’une offre commerciale et financière adaptée. Chaque année, c’est plus de 2 millions de véhicules neufs immatriculés sur le territoire. De là à changer la donne et y voir un impact sur la demande globale en électricité, il y a quelques années devant nous.
La technologie EPR et la quatrième génération
L’EPR est une amélioration des centrales actuelles, tant en terme de sûreté quand terme d’efficacité. La technologie consomme moins de combustible et est donc par la même, moins producteur de déchet. Sauf qu’il est peu souhaitable de remplacer le parc actuel par l’EPR. En effet, les améliorations proposées pour prolonger les centrales actuelles permettront de passer le cap des 2030-2040, cap durant lequel nous pourrons bénéficier de réacteurs de nouvelle génération, assurément plus performants en tous domaines. Par ailleurs, la prolongation des premières tranches, soumises à l’autorité de l’ASN, devrait débuter pour 2018 pour les centrales les plus anciennes.
Il y a donc plusieurs raisons pour opter en faveur de la prolongation plutôt que pour le remplacement par l’EPR.
Economique. Il faut opposer les 400 millions d’investissement par tranche pour prolonger de 20 ans aux plus de 4 milliards pour une tranche neuve de 60 ans d’exploitation. A l’euro investi au MW sur une période identique, il y a un rapport de 2… en faveur de la prolongation! Si on rajoute à cela l’assurance pour les collectivités et les agents (…) de bénéficier de 20 ans supplémentaires d’exploitation sur le même site avec les infrastructures adaptées : il n’y a pas photo.
Industrielle. L’avance de la France dans le nucléaire civil n’est plus à démontrer. Mais une telle avance se doit d’être conservée. Elle ne le peut que par des efforts de recherche et développement conséquents. Si le réacteur à fusion n’est pas pour notre génération malgré le rêve de tous, le réacteur à fission, consommant les matières fissibles jusqu’ici stockées pour des millénaires, est à mettre à l’agenda de la politique énergétique européenne et française. C’est en cela que l’on peut regretter l’abandon total de la filière surgénératrice. Avec une réorientation du réacteur de Creys-Malville, on aurait pu faire de bonnes choses … Il n’est pas trop tard pour lancer un programme industriel ambitieux
Enfin, en terme de transition entre le Technique et le Politique, il y a place à un débat fort intéressant sur ce que l’on souhaite
faire de cette filière industrielle. L’avantage économique à court et moyen terme du nucléaire est indéniable. Cette « rente » ne doit-elle pas aussi être captée au bénéfice de la
collectivité et de la recherche & développement ?
Questions très politiques …
EPR, Suez et consorts…
C’est tout le débat de l’arrivée de Suez, Total, Bouygues et consorts dans l’exploitation et le développement du nucléaire. La rente est considérable, et les acteurs privés ont bien identifié la source et la nécessité de leur présence… au robinet…
Nous ne rentrerons pas dans le manichéisme du débat public-privé. Le nucléaire est majoritairement exploité dans le monde par le privé, c’est un fait. Mais nous avons assurément une opinion tranchée sur cet aspect : Le nucléaire français, qui est le premier au monde, doit rester public pour de multiples raisons qui sont assurément de nature Politique avec un grand P. L’acceptation sociale et la transparence de la décision publique sont des éléments importants sur lesquels on ne reviendra pas.
Côté développement, même topo. AREVA NP, filiale d’AREVA qui s'occupe de la conception et la construction de centrales nucléaires, était jusqu’ici majoritairement publique. Mais l’imbroglio politico-financier autour de la participation de Siemens (34% actionnariat d’Areva NP) pose questions. Politico car l’entente cordiale entre Mme Merckel et M. Sarkozy n’est assurément pas au beau fixe. De là à dire qu’il y a malice autour des provocations ressenties par les Allemands d’un côté ou de maladresses avouées par autres sur le dossier Areva, il y a un pas qui ne sera pas franchit ici par absence d’éléments probants. Nous verrons bien d’ici peu, assurément à la lumière de l’identité du futur repreneur. Mais force est de constater qu’AREVA ( ou l’Etat) est plutôt en attente d’argent frais que de siège à la gouvernance de sa filiale… Cette vérité là, est plutôt en béton !
L’apparition de Suez est assurément logique dans le « sourcing » de la production de base. Faut-il pour autant l’adouber sur l’exploitation du nucléaire EDF?
Concurrence frontale avec EDF sur le territoire français, les conséquences de l’union imposée par M. Sarkozy entre les deux mastodontes révèleront sans doute la vraie nature du contrat de mariage. Pierre Gadonneix dans le Figaro de ce WE a exprimé un point de vue surprenant qui aurait mérité, dans un monde normal, une sanction claire de son actionnaire : « Il y a de la place pour tous dans le nucléaire dans le monde… y compris en France ! » (la bourse à salué EPR 2 par - 4% titre EDF, +4 % titre Suez) Et ce n’est pas par l’argumentation autour du renforcement de la concurrence imposé par Bruxelles que se trouvera un aboutissement dans ce ménage à plusieurs.
En effet, il y a une autre façon pour Suez ou d’autres, d’apparaître dans « le sourcing » français cher aux yeux des marchés. Nous l’avons rappelé à la commission Champsaur après les questions pressantes de nombreux commissaires. Les contrats de participation sont une idée intéressante à développer en France. Rappelez-vous, nous souhaitons toujours que les GRT apparaissent dans le « sourcing » et ainsi réduire le coût des pertes facturées à tous les utilisateurs. Contre un investissement de départ, l’opérateur n’intervient pas dans l’exploitation mais la centrale lui délivre les MWh à la hauteur de son investissement. Si un opérateur privé souhaite avoir malgré tout sa propre centrale, il y a en Europe 26 autres territoires à explorer…
Enfin Total est assurément le cas le plus intéressant à traiter. L’histoire de cette entreprise est éclairante pour analyser sa stratégie : dit moi qui es-tu, je te dirais où tu vas !
Total SA est issue de plusieurs mariages successifs dont l’ancêtre est la compagnie française des pétroles (CFP). Pétrofina, entreprise belge (Albert Frère, toujours lui, acteur de référence de Suez, était le principal actionnaire…) fut des premières noces, puis Elf en 2000. A chaque mariage, le nom du conjoint était adossé (Total-Fina SA – Total-Fina-Elf SA, etc…). Une fois l’union consommée, seul le nom du fondateur apparaissait. De quoi, sans doute, à angoisser nos camarades de Gaz de France-Suez…
Mais le créateur de l’ancêtre de Total n’est autre que le premier électricien français des années 20, qui a construit, entre autre, Gennevilliers, la première centrale thermique française.
En affaire aussi, on revient à ses premières amours..
Total, 8eme entreprise mondiale et 1ere française a acquis, outre un trésor de guerre considérable, un savoir-faire énergétique et un poids conséquent au niveau des gouvernements. Dans sa stratégie, le nucléaire occupe désormais une place de choix. Si EDF a eu sa vitrine pour vendre l’EPR à l’étranger, Suez attend la sienne. Total, la voudra, sans aucun doute ! D’où notre prudence sur cette stratégie de court et moyen terme visiblement portée par le Président de la République, alors que nous sommes nombreux à penser que la politique énergétique doit s’organiser sur des échéances plus longues et en toute transparence… Autant que le 1er EPR est visiblement justifié par l’étude de la PPI pour 2020. Autant que gonfler les marges avec un ou deux EPR supplémentaires nous semble onéreux avant d’être inutile vu de la PPI d’aujourd’hui, voire dangereux vis à vis de l’opinion publique.
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