Le directoire de RTE présente depuis quelques semaines son projet industriel à l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise. Il avait déjà ouvert le bal à l’occasion des vœux internes comme externes. L’objectif est de susciter un débat le plus large possible et passer à la suite dans une phase plus opérationnelle.
Le dossier « Performance durable » a donc été examiné au dernier Conseil de surveillance.
Sans dévoiler, bien entendu, le secret des débats, il était important que je rende publique mon opinion sur un sujet qui concerne
notre avenir commun.
Tout d’abord, j’ai toujours défendu, ce site en est témoin, l’impérieuse nécessité de tracer des perspectives pour l’ensemble du collectif que représente l’entreprise. Il est toujours bon de savoir vers quoi nous allons tous ensemble, ne serait-ce que pour se projeter dans l’avenir : donner du sens à l’action est assurément le meilleur vecteur d’entrainement et de motivation ; Plus largement c’est l’essence même de la vie…
Le projet proposé s’appuie donc sur cette attente et sur une analyse du contexte externe. Cette analyse constate l’évolution majeure des missions de service public en faveur du développement durable, la prise en compte des nouvelles attentes sociétales autour de notre outil industriel, l’évolution des technologies qui pourront permettre de l’adapter aux attentes, et le volet performance économique de notre entreprise.
Jusqu’ici, rien de bien nouveau sur nos missions que nous confère la loi : la priorité des priorités reste notre mission « régalienne » de l’exploitation, de l’entretien et du développement du réseau public de transport. Bref, bien faire notre métier est un minimum auquel je souscris pleinement car c’est notre légitimité reconnue et viscéralement attachée aux valeurs du Service public (égalité, continuité, mutabilité). Mais pour moi, ce n’est désormais plus suffisant pour assurer un avenir à notre entreprise!
En effet, rester dans notre pré carré peut devenir mortel.
Outre le fait, que cela ne valorise pas la majeure partie des agents qui peuvent s’essouffler au bout de quelques années ;
Que cela ne favorise pas l’attraction ou la fidélité des meilleurs dans une « petite boite » de 8500 personnes dont la respiration était jusqu’ici largement possible dans le groupe
EDF;
Que les exigences de notre actionnaire, de la CRE, etc… poussent aux serrages de ceinture perpétuels ;
Tout cela peut devenir anxiogène : pire donner l’image d’un Service public poussiéreux …avec comme seule perspective : le toujours moins ! Je préfère que l’entreprise s’inscrive dans le toujours mieux en ouvrant son périmètre d’activité !!! De mon point de vue, le Service public est appelé à se développer dans un monde qui a besoin de repères solides !
Loin de moi la pensée de faire de RTE le maitre du monde en matière de transport d’électricité avec un développement anarchique à l’étranger ou sur les plates bandes de PME qui tentent de survivre à la crise ! Cela pourrait nous être reproché, un peu comme on l’a fait à EDF dans sa politique d’expansion.
Mais avoir un chiffre d’affaire un peu plus diversifié sur des activités nouvelles permettrait d’ouvrir les fenêtres sur une nouvelle vocation entrepreneuriale de RTE. Rien n’interdit le Service public d’offrir de nouvelles activités, à la condition qu’elles répondent à une demande et surtout qu’elles préparent l’avenir !
Le projet propose ces pistes, mais j’ai souhaité que l’ensemble des agents de l’entreprise soit pleinement concerné. Car si j’ai des critiques à formuler autour du projet présenté, je le trouve à ce stade un peu timide et quelque peu élitiste sur certains aspects. Oui, y a du grain à moudre pour les ingénieurs ou le top management et c’est bien. Mais laisser la grande partie des effectifs de RTE sur le bord du chemin risque de fragiliser encore plus le lien entre les Hommes et de ne pas ouvrir les portes de l’ascenseur social aux talents que nous rencontrons tous les jours sur le terrain et qui n’ont pas tous fait de grandes écoles !
C’est pourquoi, outre ce qui est déjà proposé dans le projet :
* Je crois fondamentalement à la création de valeur ajoutée dans la maitrise de la demande énergétique : Conseils aux clients de RTE, collectivités territoriales pour un aménagement durable, etc. On suscite ici l’intelligence sociale avant la haute expertise technique ; Et là, cela touche tous les agents, y compris dans le tertiaire !
* Je crois aux déploiements de nos compétences en externe, Travaux sous tension et héliportés, bien sûr mais aussi en maintenance conventionnelle, en ingénierie, en études de réseaux et en conduite au travers de partenariats industriel avec nos fournisseurs, prestataires et autres GRT ;
* Je crois aussi, à ce titre, aux partenariats avec les lycées pro, facultés, labo de recherches, et grandes écoles. L’expérience accumulée par de nombreux agents peuvent trouver un débouché dans la formation générale ou technique mais aussi auprès de nos fournisseurs et prestataires qui ont un besoin d’adaptation de leur ressources face aux murs d’investissement dans l’énergie ;
* Je crois aux grands projets comme DESERTEC qui peut avoir besoin de l’expertise de RTE, complémentaire à la grande boucle méditerranéenne. Si ce projet pharaonique de 400 milliards vient à se concrétiser (chaque jour de bonnes nouvelles tombent…), RTE pourra avoir toute sa place (de nombreuses liaisons sous-marines à courant continu sont nécessaires). Il est souhaitable de se positionner avant les GRT nordiques qui ont une avance certaine dans l’exploitation le développement et la maintenance de tels ouvrages ;
* Je crois à l’émergence du partenariat avec ERDF sur la base d’@RTERIA pour offrir de nouvelles opportunités en lien avec les collectivités concédantes. Notre filiale y trouverait de nouveaux leviers de croissance dans le respect du cadre législatif qui est certes, complexe;
* Toujours avec ERDF, je crois aussi au travail en commun sur la MDE, complémentaire à celui des énergéticiens. Si le pilotage de la courbe de charge nous est légitimement dédié, l’avènement des smart-grid passe aussi par une collaboration renforcée avec les industriels (équipement de mesure, voies de communication, raccordement des nouveaux usages de l’électricité tels que les véhicules électriques) ;
Ces nouvelles activités demandent des moyens financiers et humains. Tout n’est sans doute pas possible ou ne dégagera pas suffisamment de cash pour assurer leur viabilité. Mais je souhaite que l’innovation soit au service du développement de l’activité de RTE, et non simplement au service de la productivité pour la productivité. Le progrès doit générer plus d’emploi qu’il n’en détruit et doit être source d’épanouissement personnel.
C’est le sens que je souhaite pour le projet de RTE. Il nous reste donc collectivement encore du chemin à parcourir !

