Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 15:47

L’énergie est un dossier tellement passionnant que les anciens présidents reviennent au devant de la scène.

 

 Que ce soit François Roussely, récemment promu vice-président Europe de la banque Crédit Suisse, qui se voit confier une mission par Nicolas Sarkozy sur l’avenir de la filière nucléaire, ou même Jacques Chirac qui se verrait présider le consortium du gazoduc South Stream auquel participerait EDF,  il est très intéressant de constater que cette fraternelle présidentielle reprend du service…

 

Concernant l’ancien président d’EDF, cette mission élyséenne épouse parfaitement sa nouvelle activité bancaire en faveur du développement de Crédit Suisse dans le secteur de l'énergie nucléaire. Nicolas Sarkozy le charge donc d’une étude qui « devra envisager l'évolution du nucléaire civil à l'horizon 2030 dans l'ensemble de ses dimensions, déboucher sur des orientations concrètes échelonnées dans le temps et (...) souligner et éclairer les décisions que devra prendre l'Etat vis-à-vis de la filière nucléaire » . François Roussely devra rendre sa copie début mai 2010.

 

De son côté, le recrutement de Jacques Chirac, s’il acceptait cet emploi bien réel, serait assurément considéré comme un second coup de maitre de Vladimir Poutine qui suit, comme le lait sur le feu, le développement de Gazprom en Europe. Second coup de maitre car le premier fut le recrutement de Gerhard Schröder, ex chancelier allemand,  pour le consortium Nord Stream.

 

Ces amitiés présidentielles seraient donc précieuses pour offrir une légitimité politique au projet qui part de Russie, passe sous la mer Noire, traverse la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie pour déboucher en Italie et en France. Objectif collatéral: Flinguer définitivement le projet Nabbuco soutenu par la Commission européenne et dont les Russes ne veulent pas. Coût du tuyau du sud: environ 25 milliards d’euros…

 

Comme quoi, les mises à la retraite n’atteignent même plus le nombre des années. Le plus inquiétant, c’est que de tels challenges peuvent susciter d’autres appétences contrariées par l’horloge biologique. Alors si la logique est désormais de remettre au boulot les plus anciens, dont les conseils sont toujours précieux quand ils restent des conseils, nous ne sommes pas prêts de réduire le chômage des jeunes... et de faire émerger des idées et des têtes nouvelles dans le landerneau de l'énergie !

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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /2009 23:22

Dans une interview à paraitre dans le Figaro, le nouveau PDG d’EDF déflore plusieurs éléments qui nous intéressent directement.

 

Outre le fait qu’il souhaite investir dans la principale richesse de l’entreprise « son Personnel » en relançant la formation, Henri Proglio développe un discours particulièrement séduisant sur bon nombre de sujets en reprenant la main sur les grands enjeux.

 

A la question « Avez l’intention de vous séparer des réseaux ? »

Réponse : « RTE et ERDF font partie de notre cœur de métier et ont vocation à le rester. »

Le tout est de savoir dans quelles conditions…

 

Plus loin, à l’occasion de sa vision sur les acquisitions à l’étranger, il précise :

« Notre équation industrielle ne doit pas seulement reposer sur des ratios financiers. »

Voilà une phrase que je ne manquerai pas d’employer dans les prochains conseils…

 

Enfin, sur le projet de loi Nome, que nous pourfendons à longueur de colonne depuis qu’il est sorti et auprès de nos interlocuteurs que nous tentons de mobiliser pour faire reculer le projet de François Fillon, il avance une vision claire : « Cela suscite chez moi un certain malaise. Imaginez n’importe quel chef d’entreprise face à ce type de situation : il ne pourrait l’admettre. Peut-on raisonnablement demander à EDF, qui a investi pendant des années pour constituer son parc nucléaire, de faire profiter tous ses concurrents des efforts consentis en amont. Je suis bien décidé à m’opposer à une telle perspective qui conditionnerait toute la politique tarifaire future d’EDF. »

 

Ira t –il jusqu’à rejoindre les positions que nous avions avancées devant la Commission Champsaur pour répondre à la véritable obsession de beaucoup d’entre-eux sur le sourcing nucléaire ?

 

Nous avions aussi avancé, à l’occasion de notre audition devant Champsaur, que les participations, à l’instar de celles qui existent depuis toujours (Fessenheim, Bugey, Tricastin, Cattenom, etc….), offrent sans doute une piste moins inique que les engagements imprudents de notre 1er ministre devant Bruxelles…

 

Tout cela me semble, à priori, très séduisant, car cela ressemble à un discours d’entrepreneur qui n'y va pas de main morte...

 Mais, comme toujours, le diable se loge toujours dans les détails. Comptez sur nous pour les examiner à la loupe…
 manu, milit Henri !!!

 

 

Par Patrick Larradet - Ecrire un commentaire - Recommander
Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 22:38
Cette nuit, à 22h14 heure locale, le Brésil a connu un black out partiel. La perte de plusieurs ouvrages de transport (750 kV et en continu) qui évacuaient la production de l'usine hydraulique de Itaipu ( une des plus puissante au monde avec 14000 MW installés) , a visiblement provoqué une rupture de synchronisme sur le réseau adjacent (en alternatif) et chute de fréquence.

Les protections installées sur le réseau (débouclages et délestages) ont limité la "casse" et ce sont près de 30 000 MW qui ont été coupés. Cette coupure partielle, qui a touché plus de la moitié de la demande du pays, a permis aussi de repartir rapidement (3 à 4 heures) par le réseau sauvegardé et par les centrales hydrauliques instantanément disponibles.

En effet, il est plus simple de réalimenter
un tel réseau car le Brésil bénéficie d'un parc hydraulique important. l'Hydro c'est près de 80% dans le mix énergétique national.

Enfin, l'incident a affecté l'ensemble du Paraguay (alimenté en grande partie par Itaipu) mais les 1400 MW coupés ont été repris en moins de 30 minutes.

Cet incident sur un réseau de transport équivalent au nôtre avec ses 100 000 km de lignes, nous rappelle que l'humilité est de mise en matière de sécurité des réseaux. Enfin, il est toujours intéressant de noter qu'un réseau est statistiquement sujet à incident majeur tous les 10 ans...


Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /2009 07:05

Il est toujours étonnant de constater la constance des gouvernements successifs dans ses relations avec la Commission européenne sur le volet « libéralisation de l’énergie ». La clairvoyance est rarement au rendez-vous.

A la recherche de l’image du bon élève de la classe européenne, la France avale constamment les couleuvres, en espérant que ce sont les dernières. A chaque fois, elle oublie que l’action des ayatollahs de la concurrence est une course de fond.

Les derniers échanges entre M. Fillon, Kroes et Piebalgs sont édifiants pour illustrer cette cécité; Fillon, posant la tête de l’entreprise publique sur le billot, propose ni plus, ni moins de diluer la rente nucléaire française au profit de la sainte concurrence, sur le dos de l’ensemble des consommateurs.

Avec son projet de loi NOME (Nouvelle organisation du marché de l’électricité), dont les objectifs sont issus de la Commission Champsaur (voir notre article pagnolesque) et qui n'ont pas bénéficié, à un seul instant, du moindre débat,
notre schpountz de Matignon massacre 63 ans d’histoire pour répondre aux PV de nos deux commissaires en partance…

Bref, vous avez aimé 46 ; vous allez assurément détester 2010…

Car NOME, ici décrypté comme le Nouvel outil du massacre électrique, propose de livrer la rente nucléaire, revenant légitimement aux français par les tarifs réglementés et jusqu’ici en dépôt dans l’entreprise publique EDF, au grès de la concurrence. Bruxelles ne l’a même pas rêvé… Notre épicier de circonstance le fait ! Pas sûr que cette histoire se terminera comme dans le film !


Cerise sur ce gâteau indigeste, les deux principaux consommateurs d’électricité que sont RTE et ERDF, n’ont même pas accès à la rente pour limiter les couts des pertes qui rappelons le justifient la quasi-totalité de la hausse du Turpe.

Ainsi ce projet de loi inique propose la double peine à tous les consommateurs :

 - Un affaiblissement de la base financière des tarifs réglementés qui pousseront les prix à la hausse, pour les uns,
 - aucune assurance que l’avantage concurrentiel ainsi artificiellement organisé se répercute dans les factures présentées par les fournisseurs, pour les autres,
  - un niveau élevé du Turpe pour tous.

Il y a des jours où il faut dire stop à la bêtise ! Il y a des jours où il faut agir !



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  • : Patrick Larradet, administrateur salarié parrainé par la CFDT au Conseil de surveillance de RTE. Copyright Patrick Larradet 2005-2010
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