Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 13:43
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Jeudi 10 novembre 2011 4 10 /11 /Nov /2011 10:15

On appelle cela « les marronniers ». Chaque année, à la même période, de nombreuses voix s’élèvent pour s’interroger sur le confort que voudra bien nous accorder l’électricité cet hiver.

L’année dernière, c’était l'interrogation autour des conséquences du phénomène "El Niño" dans la zone pacifique équatoriale qui poussaient à un long hiver vigoureux en Europe. L’année précédente, c’était la disponibilité des centrales françaises mise à mal par les grévistes d’EDF qui interrogeait… Cette année, c’est la décision allemande qui est pointée du doigt… Je vous donne donc rendez-vous l’année prochaine pour une autre frayeur !

Ainsi, il est toujours étonnant de constater qu’on n’attend même plus que les vrais professionnels causent sur ces questions légitimes avant d’allumer le feu. De plus, la moindre réserve de leur part, générée par honnêteté intellectuelle, sera assurément instrumentalisée pour accréditer la parole de ceux qui prétendent avoir le scoop. In fine, le doute sera quand même installé par la primeur du sensationnalisme qui s’appuie sur le sentiment le plus largement répandu aujourd’hui : la peur !

Pour autant, ici, on reste optimiste malgré l’adversité. Car nous pensons que la seule vertu de ce buzz alimenté à l'envi par certaines officines pour des intérêts bien compris, permettra d’installer dans la tête du plus grand nombre, l’idée qu’alimenter en électricité l’ensemble de nos concitoyens n’est pas aussi évident que cela et qu’il faut des moyens et du jus cérébral pour y parvenir.

Aussi, je prends ici le « risque » d’affirmer que la longue chaine de la sécurité d’alimentation du pays qui va des producteurs aux distributeurs en passant par RTE n’est pas composée que d’abrutis payés à prix d’or pour se tourner les pouces au bord de leur piscine chauffée au tarif agent, en attendant leur affectation à la CCAS, juste avant de prendre leur retraite à 50 ans.

Oui, il y a plus d’une centaine de milliers d’agents et de salariés qui œuvrent, avec intelligence et parfois dans des conditions difficiles, pour qu’à chaque instant, la lumière puisse s’allumer au fin fond du pays. Alors quels que soient les aléas ou les choix retenus, les Français peuvent compter sur le Service public avec ses valeurs fondamentales que sont la neutralité, la continuité et l’adaptabilité.

 

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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 18:26

A l’heure où le Gouvernement présente la facture de la crise financière pour préserver son AAA, l’Union Française de l’Electricité (UFE), qui représente les employeurs du secteur au sein de la branche des industries électriques et gazières, a sorti un document des plus intéressants pour le débat public actuel sur le futur mix énergétique français pour 2030. L’UFE présente ici trois scénarii de mix (70, 50  et 20% de nucléaire). Mais rien que le fait que l’UFE ne prenne pas position sur ces scénarii est une information à part entière... Quoi que sur le 20% de nucléaire…

Bien évidemment, les scénarii proposés sont accompagnés d’hypothèses des plus prudentes, en particulier sur une technologie de production mature telle que constatée aujourd’hui, sur l’absence d’ouvrages permettant le stockage d’électricité et sur des politiques publiques en faveur de la MDE qui reste limitées à celles du Grenelle, en prenant en compte une atteinte de 50% des objectifs. Outre le fait que cela donne de la crédibilité, cela donne aussi du grain à moudre… Tant pis pour le scénario de Négawatt  gentiment critiqué.

Ainsi ce document insiste sur l’impérieuse nécessité du renforcement du réseau de transport d’électricité dans une évolution en faveur des EnR, brisant enfin une idée encore trop largement répandue. Oui, tout comme ce que l’on observe dans les pays comme l’Allemagne qui compte sur l’avènement de la production renouvelable, il y a une nécessité absolue de construire de nouveaux ouvrages de transport pour assurer la fluidité des échanges d’énergie entre les pays et les régions. Plus d’intermittence dans la production nécessité plus de capacité de transport pour l'amortir. Cela est vrai à nos frontières tout comme à l’intérieur même des pays ne serait ce que pour arriver à mutualiser ces moyens de production qui sont parfois au chômage technique en Allemagne, ou qu’ils atteignent des records comme observés ce WE en Espagne avec un mix énergétique composée de 60% de renouvelables en pleine nuit.

Malheureusement, des conclusions trop hâtives vont émerger, à la lecture de ce document. Elles vont tout d’abord se concentrer sur l’impact des prix de l’énergie de chaque scénario ainsi affiché. En effet, si le statu quo nucléaire à 70% pousse une évolution des prix de +33%, les deux autres scénarii affichent qu’en à eux respectivement + 50 et +70% d’augmentation des prix du kWh sur 20 ans. Je suis prèt à parier que les pro-nucléaires s’appuieront sur les gros chiffres et les antis sur des augmentations annuelles et respectives de + 1.45%, + 2%, +2.9%. Ils auront tous raison, sauf que la symbolique du paquet cadeau est différente…

Ici, ce qui nous intéresse, c’est le champ des possibles. Ce document confirme une augmentation massive des prix de l’énergie quelque soit la stratégie retenue et c’est sans doute aussi une des informations principales. Pour ne pas tuer une croissance fragile, il sera donc nécessaire de limiter ces hausses dans le budget des ménages et entreprises, quelque soit le scénario retenu.  Cela nécessitera de :

·         Renforcer l’efficacité du Grenelle par une tarification adaptée pour qu’un signal économique suffisamment puissant génère les investissements en la matière (ce que nous avions présenté devant la Commission Champsaur, il y a presque 3 ans, déjà…).Cela reste le meilleur outil pour réduire les émissions de CO2 ;

·         Lancer un vaste plan de recherche sur le stockage d’énergie pour augmenter le rendement des énergies intermittentes  qui de toute façon seront appelées à augmenter dans le mix ; Le document le dit très bien et prouve ici l’impérieuse nécessité de s’y lancer. On trouve ici aussi une façon d’atténuer les émissions de CO2 ;

·         En attendant, étudier sérieusement et rapidement l’association CCG et stockage d’énergie, par exemple les CAES (Compressed air energy storage), qui commencent  à être développer ici ou là, ne serait-ce que pour trouver une autre source d’amortissement des CCG (là, c’est ici qu’on le dit)

Par ailleurs, une étude prospective sur l’emploi et la croissance est également nécessaire (ce que ne fait pas l’étude de l’UFE) que cela soit dans le secteur concerné ou plus largement ; En effet les divers "mouvements" que l’on observe en Europe, arrêt du nucléaire ou pas, prouvent qu’il est grand temps de se pencher en terme de prospective sur les emplois de demain, ne serait-ce que pour préparer les filières d’enseignement et le redéploiement des compétences. Ceci est d’autant plus sensible à l’heure de l’allongement des carrières sauf à transformer les « jeunes retraités » en « vieux chômeurs »…

Enfin, ce document pose clairement le problème de financement des investissements en France (de 320 à 430 milliards d’euros jusqu’en 2030). Ce mur n’est que la partie émergée de ce qui nous attend (1300 milliards au total pour les quinze prochaines années en Europe, approchant l’endettement de la France).

La création d’une Banque européenne des infrastructures d’intérêt général évoquée dans le précédent article  de ce site internet se pose donc très sérieusement pour ne pas hypothéquer l’avenir qui ne s’arrête bien évidemment pas à 2030 !

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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 08:12
Dans la tempête financière qui secoue la planète et qui met à mal des peuples entiers, il est étonnant de constater que l’on s’interroge légitimement sur la gestion des États, sans pour autant remettre en cause profondément un modèle inadapté aux circonstances. En effet, le diktat imposé par les établissements financiers et leurs affidés que sont les agences de notation, se répand désormais sur toutes les sphères de l’activité humaine, y compris dans le Service public.

La dernière série de l’été qui n'en finit pas, a sans doute exterminé les certitudes de ceux qui croyaient encore que la finance était au service des entreprises. Ceux-là même qui avaient bu les discours « vous croyez en l’avenir de notre entreprise : devenez actionnaires » voient leur espérances tout comme leurs économies s’enfoncer dans les abîmes creusés par les adeptes du joystick spéculatif payés, eux, à prix d’or. Et les petits porteurs n’ont pas fini d’en déguster tous les délices en tant que salariés, consommateurs et contribuables. En effet, histoire de fidéliser ou d’attirer le chaland actionnaire, les entreprises n’ont plus d’autres solutions que d’offrir toujours plus de dividendes, qui profitent aux plus gros en attendant que les indicateurs boursiers remontent, sur le dos des Capex (capital expenditure ou dépenses d’investissement) et Opex (operational expenditure ou dépenses d’exploitation).
Le problème c’est que derrière ces indicateurs de gestion, il y a de l’activité qui emploie des millions de personnes… Le problème c'est que le coût final des opérations financières sera payé par les consommateurs ou les contribuables, devenus de plus en plus chômeurs, car toutes les entreprises emploient ces mêmes méthodes.

Bref, ici comme partout, les intérêts de la finance jouent depuis quelques temps contre la croissance et l'emploi ! Si vous cherchiez la raison du transfert de richesse des petits vers les gros, elle est ici, au cœur du réacteur économique qui s'est emballé. Et ce n'est pas en "boriquant" les circuits financiers de façon ostentatoire comme ces deux derniers jours devant une opinion publique terrorisée que la réaction en chaine va s'étouffer...

De part son statut, RTE n’échappe plus à la tempête. Nos missions vitales pour l'intérêt général sont désormais emportées par cette spirale infernale; il ne s’agit plus de dépenser mieux pour construire l’avenir, il s’agirait presque de ne plus dépenser du tout, envoyant la mise en œuvre de l’étymologie même de l’entreprise aux calendes grecques. De tous temps, chaque euro accordé à la masse salariale était considéré comme une dépense de trop. Désormais, chaque euro d’investissement, aussi. Si plus personne ne consomme par la contraction des revenus ou n'investit par la contraction des crédits, on se demande bien comment on va s'en sortir...
Ainsi, la gouvernance d'une entreprise publique comme la nôtre ne se mesure plus désormais au service rendu à la collectivité mais au rating. Si ce terme barbare a nouvellement envahi les petits écrans de l’été ou les colonnes des quotidiens, on le retrouve régulièrement depuis pas mal de temps dans les débats au conseil de surveillance de RTE. On ne peut plus raisonner sans lui; il paralyse structurellement ce qui a de meilleur dans l’Entreprise : la construction de l’avenir et l'esprit d'initiative.

Rating* et Gearing** s’invitent donc régulièrement à la table du Conseil de RTE. Rassurez-vous, les ratios de rentabilité ont toujours bonne place: ROCE (la rentabilité économique qui intéresse les banque) et ROE (rentabilité financière qui intéresse les actionnaires) se disputent le podium; mais depuis cet été, ils ont été dépassés par les indicateurs liés à la dette de RTE qui devient une véritable obsession.

En effet, les perspectives d'investissement sur le réseau chatouille le Gearing qui évolue proportionnellement avec le niveau d’endettement qui interroge certains; Mais j’aime à rappeler que le Gearing est aussi un ratio… et quand celui-ci augmente, il faut sans doute s’interroger aussi sur le dénominateur... que sont les fonds propres! Et une manière d’assurer la croissance des investissements, c’est aussi d’augmenter ceux-ci en renonçant, par exemple, à des dividendes confiscatoires pour financer les investissements. Rappelons que notre très cher actionnaire prélève 60% des bénéfices, bien au-delà ce que l’on peut observer sur le CAC 40… A sa décharge, cela semble la croix partagée de l'ensemble des GRT européens devenus des vaches à lait. Reste à avoir l'explication d'une telle politique de dividende que l'on refuse jusqu'à présent à nous donner malgré mes demandes réitérées...

De mon côté, je pense assez tranquillement que RTE n’a pas de problème de dette car RTE emprunte uniquement pour développer ou renouveler son réseau! Faut simplement que notre actionnaire accompagne le développement de l'entreprise... ou trouver une autre méthode...
Quant à la rating-mania, je trouve que l’on perd la raison. RTE est clairement sous noté même avec son AA- obtenu aujourd'hui même; RTE devrait naturellement bénéficier du triple A (la note la plus élevée); pour les bonnes raisons suivantes:

- Ses actifs sont un monopole naturel et pérenne (au moins pour le prochain siècle) si on s'accorde à le renouveler, à le développer et à l'entretenir correctement;
- Ses actifs sont protégés par la Constitution française (9eme alinéa du préambule de la Constitution- peu d’entreprise peuvent s’en prévaloir, que ce soit Exxon Mobil, Microsoft,… ou encore Pfizer (sans doute que sa pilule bleue fait grimper les agences au rideau…) notées elles encore AAA;
 
- RTE bénéficie, même si Bercy s’en défend, de la garantie implicite de l’État français (noté à cette heure encore AAA); Imaginez bien que même après une guerre atomique, les infrastructures énergétiques seront immédiatement reconstruites par un vaste plan "Marshall" qui n'aura que faire de la vitesse de rotation de la planche à billets;
 
- RTE navigue dans sphère régulée, parfois à outrance : un vrai sacerdoce pour bosser à RTE tant les conditions déontologiques sont extrêmes- dépenses et investissements examinés au microscope inquisiteur- qui font qu’un changement de moquette pourrait prochainement être validée par un avis de la CRE.
        
Bref, nos maîtres noteurs sont à côté de la plaque.
 
Ainsi, avant d'être une critique acerbe du système, mon propos est avant tout de m’interroger sur d'autres perspectives de financement pour construire l'avenir. Cette foutue sous notation illégitime pèse sur les taux d’intérêt des crédits de RTE et enrichie indument les banques prêteuses. Les garanties de RTE étant extrêmes, il s'agit, de mon point de vue, clairement d'un enrichissement sans cause !
 
L'une des solutions est donc de contourner ce système financier en utilisant ses propres armes.
 
Alors que l'adaptation du système électrique européen nécessite près de 1300 milliards d'investissement d'ici 2025 dont plusieurs centaines rien que pour les infrastructures de transport d'énergie; 
 Alors que la même problématique est présente dans tous les secteurs gérant des infrastructures tels que le réseau ferré qui trouve des sources de financement dans des partenariats public/privé dont on connait trop malheureusement les conséquences;
 
L’Europe ne serait-elle pas l'outil approprié en bousculant une BCE ou une BEI qui ne font clairement pas leur job? L'Union européenne le reconnait elle même en accordant, il y a quelques jours quelques subsides au travers de subventions ou de financement bonifiés (9 milliards pour les interconnexions énergétiques sur un total de 50 milliards pour les infrastructures européennes)
 
Mais je pense qu'il faut aller au-delà de ce premier pas. L'intérêt de l’intérêt général doit conduire à pouvoir s'approvisionner directement à la source que constitue la BCE :


                                   Gestionnaire de réseau de tous pays,
                                  créez donc votre propre banque !

----------------------------------------------------------------------
*Rating est une notation donnée par des agences, soit disant indépendantes des banques. Créé dans les années 20, le marché de la notation est désormais préempté par 3 agences dont les noms résonnent désormais dans nos têtes: Moody's , Standard & Poor's et Fitch Ratings.
Pourtant, ces nouveaux dieux planant désormais sur l’Olympe ont quelques casseroles prénommées Enron et crise des subprimes. Ce qui n’est pas forcément dit c’est que bon nombre de leurs collaborateurs sont « bonifiés » aux résultats des entreprises notées ; qu’ils génèrent des sous-notations pour préserver leur réputation gonflant injustement le résultat des établissements préteurs; cerise sur le gâteau, ils ne sont pas responsables des conséquences de leurs notations. En effet, la notation est une « opinion », protégée par le 1er amendement de la Constitution américaine ; il est donc aisé de comprendre que les sièges sociaux des maitres noteurs se concentrent aux États-Unis…. A quand une agence de notation européenne, responsable ?
 
**Gearing est le ratio de la dette financière et bancaire nette sur les capitaux propres de l'entreprise. Il mesure ainsi le risque de la structure financière de l'entreprise. Plus ce ratio est élevé, plus grand est le risque pour les banques de vous prêter-Risque qu’ils font d’ailleurs payer- Il confirme l’adage, on ne prête qu’aux riches …
  
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